Deux jours pour repenser l'avenir du travail sur le continent : le Forum International des Métiers et des Compétences ouvre ce mercredi ses portes au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire. Un rendez-vous piloté par l'AGEFOP qui ambitionne de faire d'Abidjan la capitale africaine de la réflexion sur l'emploi.
🔍 DÉCRYPTAGE
Placée sous le thème « Compétences, emploi et transformation économique en Afrique : le rôle stratégique de la formation professionnelle », cette deuxième édition du FIMEC s'inscrit dans un contexte où le décalage entre les qualifications disponibles et les besoins réels des entreprises s'aggrave à mesure que les économies africaines se diversifient. La Directrice générale de l'AGEFOP, Karitia Coulibaly-De Medeiros, situe l'événement dans une transformation sans précédent de l'environnement économique du continent — un diagnostic qui justifie, selon elle, un changement de paradigme dans la manière de former.
Ce changement de cap est explicite : il ne s'agit plus de former pour former, mais de former pour l'emploi, la productivité et la compétitivité des entreprises. Une philosophie qui rompt avec une approche parfois trop académique de la formation professionnelle en Afrique francophone.
L'enjeu dépasse largement le cadre du forum : c'est la capacité du continent à transformer sa jeunesse — atout démographique le plus souvent cité — en moteur réel de productivité. Le Plan National de Développement (PND) 2026-2030, dans lequel s'inscrit cette vision, fait du capital humain un axe stratégique, au même titre que les infrastructures ou l'énergie. Sans une main-d'œuvre qualifiée et adaptée aux besoins des secteurs porteurs (agro-industrie, numérique, mines, BTP), les investissements consentis par ailleurs risquent de ne pas trouver preneurs sur le marché du travail local.
« Il ne s'agit plus seulement de former, mais de former pour l'emploi, pour la productivité et pour la compétitivité des entreprises » — Karitia Coulibaly-De Medeiros, Directrice générale de l'AGEFOP
Un forum international de deux jours peut-il réellement infléchir des décennies de désajustement entre l'offre de formation et la demande du marché du travail ? Les critiques récurrentes adressées à ce type de rencontre portent sur l'écart entre les discours de haut niveau et leur traduction opérationnelle sur le terrain, dans les centres de formation professionnelle souvent sous-équipés et éloignés des standards visés. La mesure du succès du FIMEC 2026 se jouera moins dans les résolutions adoptées à Cocody que dans les curricula effectivement révisés dans les mois qui suivront.
Pour les jeunes en quête d'orientation, ce forum est aussi un signal : les filières professionnelles et techniques ne sont plus une voie de second choix, mais un levier stratégique de l'économie ivoirienne et africaine. S'informer sur les métiers d'avenir, valoriser les compétences pratiques et oser les filières techniques constituent désormais des choix pleinement alignés avec les priorités nationales de développement.