Pour la première fois, le pays quitte le statut de nation à endémie tuberculeuse élevée pour celui d'endémie modérée. Une avancée sanitaire majeure, obtenue à force de dépistage, de suivi communautaire et de décentralisation des soins.
Selon une note du ministère de la Santé, de l'Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, la Côte d'Ivoire a détecté 21 587 cas de tuberculose en 2025, soit un taux de 99 cas pour 100 000 habitants. Ce chiffre, en apparence technique, marque en réalité un basculement statistique et symbolique : pour la première fois, le pays passe du statut de nation à endémie tuberculeuse élevée à celui de pays à endémie modérée. Cette bascule ne doit rien au hasard : elle résulte d'une stratégie construite autour de quatre piliers — la décentralisation de la prise en charge des malades, le recours accru aux tests rapides de détection, le renforcement du suivi communautaire des patients, et une meilleure disponibilité des médicaments et des intrants de laboratoire sur l'ensemble du territoire. Le Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT) est présenté par le ministère comme la cheville ouvrière de cette réponse nationale.
Au-delà de l'aspect strictement sanitaire, la lutte contre la tuberculose a une dimension économique souvent sous-estimée : une maladie qui touche en priorité les populations actives, notamment dans les zones rurales et agricoles, pèse directement sur la main-d'œuvre disponible pour les filières comme le cacao, le café ou l'anacarde. Réduire l'incidence de la tuberculose, c'est aussi préserver la capacité productive du pays et limiter les coûts indirects liés aux arrêts de travail prolongés et à la prise en charge des malades les plus vulnérables. La décentralisation de la prise en charge, en rapprochant les soins des zones rurales, participe en outre à réduire les inégalités territoriales d'accès à la santé, un enjeu qui recoupe directement les préoccupations de développement rural portées par ailleurs par les politiques agricoles du pays.
Ce satisfecit statistique appelle toutefois une lecture prudente. Passer d'une endémie élevée à une endémie modérée ne signifie pas l'éradication de la maladie : plus de 21 000 nouveaux cas recensés en une seule année restent un chiffre élevé, qui interroge sur la part de cas non détectés, notamment dans les zones les plus reculées où l'accès aux tests rapides demeure inégal malgré les progrès annoncés. Le débat classique sur la fiabilité des données sanitaires en Afrique de l'Ouest — sous-déclaration, ruptures ponctuelles de stocks de médicaments et d'intrants de laboratoire, disparités entre régions bien couvertes et zones enclavées — reste pertinent pour évaluer la solidité durable de cette amélioration statistique.
Pour la population ivoirienne, ce progrès ne doit pas relâcher la vigilance individuelle et collective face à la tuberculose, maladie qui reste transmissible et potentiellement mortelle sans prise en charge adaptée. Le ministère de la Santé encourage toute personne présentant une toux persistante, une perte de poids inexpliquée ou une fatigue prolongée à se rapprocher sans délai des centres de santé pour un dépistage, gratuit et accessible grâce à la décentralisation engagée. Les communautés rurales, en particulier, sont invitées à s'appuyer sur le suivi communautaire mis en place pour signaler et accompagner les cas suspects, afin que les avancées enregistrées en 2025 se transforment en tendance durable plutôt qu'en simple embellie ponctuelle.