Quatre ans après son lancement, le projet « Cacao durable » financé par l'Union européenne et la Belgique via ENABEL a officiellement refermé son cycle le 19 août 2026 à Cocody. Reste à savoir si les acquis engrangés par les coopératives survivront à la fin du financement.
Lancé en septembre 2022 et clos en septembre 2026, le projet « Cacao durable d'Enabel » aura mobilisé 7,8 millions d'euros, soit environ 5,12 milliards de FCFA, au service du renforcement des capacités des coopératives cacaoyères ivoiriennes. Sa cérémonie de clôture institutionnelle, tenue à Cocody, a réuni les partenaires techniques et financiers autour d'un bilan volontairement tourné vers l'avenir. Cinq domaines ont concentré les efforts : la gouvernance des coopératives, la gestion financière et organisationnelle, le développement commercial, la professionnalisation des acteurs et la durabilité environnementale. Représentant la Primature, Dr Nicolas Mian a salué l'engagement des partenaires tout en insistant sur un point central de son discours : la fin du financement européen ne doit pas signer la fin de la dynamique enclenchée sur le terrain. Un message qui en dit long sur la crainte, désormais classique dans la coopération au développement, de voir les acquis d'un projet s'éroder dès que le bailleur se retire.
Pour la filière cacao ivoirienne, première du genre au monde, la question de la durabilité n'est plus un supplément d'âme mais une condition d'accès aux marchés. Les coopératives mieux gouvernées, mieux structurées financièrement et davantage tournées vers le développement commercial sont celles qui peuvent négocier de meilleures conditions avec les acheteurs internationaux, en particulier dans un contexte où le règlement européen sur la déforestation (EUDR) impose une traçabilité renforcée du cacao vendu sur le marché européen. Investir 5,1 milliards de FCFA dans le renforcement de ces structures collectives revient donc à préparer la filière à répondre aux exigences croissantes des marchés extérieurs, tout en cherchant à améliorer directement les revenus et les conditions de vie de dizaines de milliers de coopérateurs. Dr Nicolas Mian l'a résumé en forme de feuille de route : un cacao durable doit protéger les forêts, améliorer les revenus des producteurs, renforcer les coopératives et offrir des perspectives à la jeunesse ivoirienne — quatre piliers qui, ensemble, conditionnent la compétitivité future de la filière sur la scène internationale.
La clôture d'un projet de coopération, aussi bien financé soit-il, soulève immanquablement la question de la pérennité. Que deviennent les compétences transmises, les outils de gestion mis en place, les dynamiques de gouvernance amorcées, une fois que l'accompagnement technique d'ENABEL s'efface ? C'est précisément ce risque que Dr Nicolas Mian a cherché à désamorcer en affirmant que la fin du projet ne devait pas marquer la fin de la dynamique engagée par l'État. Une déclaration d'intention qui appelle, en creux, une interrogation légitime : quels relais budgétaires et institutionnels le gouvernement ivoirien, à travers le ministère de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, est-il prêt à mobiliser pour prendre le relais d'un bailleur qui se retire ? Le débat, récurrent dans le secteur cacaoyer ivoirien, sur la capacité réelle des coopératives à s'autonomiser financièrement une fois les subventions extérieures taries, reste entier.
Pour les producteurs et dirigeants de coopératives cacaoyères, ce bilan doit être lu comme un appel à s'approprier durablement les outils reçus : les pratiques de gouvernance, les méthodes de gestion financière et les standards de durabilité environnementale enseignés pendant quatre ans n'ont de valeur que s'ils continuent à être appliqués après le départ des équipes d'ENABEL. La protection des forêts, la professionnalisation des pratiques et l'implication des jeunes dans la filière ne sont pas seulement des exigences venues de l'extérieur : elles conditionnent directement l'avenir économique de centaines de milliers de familles ivoiriennes vivant du cacao.