Le groupe singapourien Valency International a inauguré, le 18 juin 2026 à Attinguié, ce qui est présenté comme la première usine commerciale de biochar à grande échelle en Afrique, produite à partir de coques de noix de cajou. Un investissement qui confirme une tendance de fond identifiée dès 2025 par l'ONG Nitidæ : les résidus de la transformation du cajou deviennent une matière première à part entière.
◆ DÉCRYPTAGE
Le biochar est obtenu par pyrolyse, un procédé de chauffage à haute température en l'absence d'oxygène, qui transforme les coques en un amendement capable d'améliorer la structure des sols et leur rétention d'eau et de nutriments, tout en constituant une alternative durable au charbon de bois ou minéral. L'usine d'Attinguié, dimensionnée pour traiter 20 000 tonnes de coques et produire environ 6 000 tonnes de biochar par an, ambitionne de multiplier sa production par plus de seize d'ici 2029, pour atteindre 100 000 tonnes annuelles.
Troisième transformateur mondial de noix de cajou derrière le Vietnam et l'Inde, la Côte d'Ivoire a vu ses volumes de coques disponibles progresser mécaniquement avec la montée en puissance de sa capacité de transformation locale : 660 000 tonnes de noix transformées en 2025 selon le Conseil Coton Anacarde et Karité, soit 43 % de la production nationale, avec un objectif gouvernemental de 50 % d'ici 2030. Au-delà du biochar, les coques alimentent déjà l'extraction du Cashew Nut Shell Liquid, utilisé dans la fabrication de résines, peintures anti-corrosion et biocombustibles, un débouché qui pourrait capter à lui seul environ 84 000 tonnes de coques selon Nitidæ.
La multiplication des usages industriels des coques, biochar, CNSL, autoconsommation énergétique des usines à hauteur de 15 % de leurs besoins en chaleur et exportations vers d'autres industries, ouvre la voie à une compétition croissante pour cette ressource, jusqu'ici considérée comme un déchet sans valeur. Les projets de centrales électriques à biomasse actuellement à l'étude pourraient encore accentuer cette tension sur les volumes disponibles, posant la question d'un arbitrage nécessaire entre les différents usages industriels et d'éventuels effets sur les prix ou l'accès à la ressource pour les plus petits transformateurs.
Cette success story illustre la manière dont l'économie circulaire peut transformer une contrainte environnementale, la gestion de tonnes de résidus agricoles, en opportunité économique et industrielle. Elle invite les acteurs de la filière anacarde, des usines aux pouvoirs publics, à continuer d'explorer la valorisation des sous-produits agricoles comme un axe à part entière de la stratégie de développement de la filière, au-delà de la seule production d'amandes.