À TRANSCAO PK24, un mois pour former l'avant-garde de la révolution durable du cacao ivoirien
Du 1er au 31 juillet, le Centre de perfectionnement de TRANSCAO, à PK24 aux portes d'Abidjan, se transforme en salle de classe grandeur nature pour 360 techniciens agricoles. Leur mission : s'approprier dans ses moindres détails le Plan de Développement de la Cacaoyère (PDC), le levier opérationnel de la norme africaine ARS 1000. Adoptée par la Côte d'Ivoire le 15 juin 2021, cette norme n'est pas un simple label de plus : elle redéfinit la manière de cultiver, de suivre et de tracer le cacao, verger par verger, planteur par planteur. Le PDC en est la traduction concrète sur le terrain — un outil de diagnostic et de planification qui doit permettre à chaque exploitation de programmer la réhabilitation de ses parcelles âgées, d'augmenter ses rendements et de préserver les ressources naturelles qui l'entourent. Cette première vague de formation, qui sera suivie d'une seconde, dessine une stratégie en cascade : former des formateurs de terrain capables ensuite d'irriguer les 300 coopératives réparties dans tout le pays.
Le choix du format — un mois d'immersion plutôt qu'un séminaire éclair — signale une volonté du Conseil du Café-Cacao (CCC) de rompre avec les sensibilisations superficielles qui ont souvent caractérisé les campagnes de vulgarisation agricole. Il s'agit ici de doter chaque technicien d'une compétence technique réelle, transférable, et non d'une simple présentation théorique de la norme.
Derrière la formation technique se joue un enjeu commercial de premier plan. La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, ne peut plus se permettre de considérer la durabilité comme une option : elle est devenue la condition d'accès aux marchés les plus rémunérateurs, à commencer par l'Union européenne, dont les nouvelles exigences de traçabilité et de non-déforestation redessinent les règles du commerce international du cacao. Un verger non certifié, un lot non tracé, c'est demain une cargaison recalée aux frontières européennes. En investissant dans 360 techniciens puis dans 300 coopératives, le CCC ne forme pas seulement des hommes de terrain : il sécurise, maillon par maillon, l'accès du pays à ses débouchés stratégiques et la prime de durabilité qui peut en découler pour les producteurs.
À moyen terme, la réhabilitation des vergers vieillissants promise par le PDC pourrait aussi inverser une tendance préoccupante : le vieillissement du verger ivoirien pèse depuis plusieurs années sur les rendements et fragilise la position du pays face à des concurrents comme le Ghana ou l'Équateur, qui investissent eux aussi massivement dans la modernisation de leur cacaoculture.
Le dispositif ne fait pourtant pas l'unanimité sur le terrain. Plusieurs organisations de producteurs s'interrogent depuis l'adoption de la norme sur le rythme imposé par la mise en conformité et sur la capacité réelle des petits planteurs à financer la réhabilitation de leurs parcelles, même accompagnés par un technicien. Le ratio d'un technicien pour un peu moins d'une coopérative peut sembler ambitieux, mais il soulève une question centrale : qui finance les intrants, les plants améliorés et la main-d'œuvre nécessaires à la mise en œuvre effective du PDC une fois le diagnostic établi ? Sans réponse claire à cette question de financement, certains observateurs redoutent un écart croissant entre les producteurs les mieux organisés, capables d'absorber les coûts de la transition, et les exploitations les plus modestes, qui risquent de rester en marge de la certification.
Au-delà des chiffres et des normes, ce sont des centaines de milliers de familles paysannes dont l'avenir se joue dans cette transition. Un verger réhabilité, ce sont des rendements stabilisés, des revenus plus prévisibles et une meilleure résistance aux aléas climatiques qui frappent de plus en plus durement les bassins de production. La réussite de cette formation dépendra de la capacité des techniciens à traduire un référentiel technique complexe en gestes simples et applicables, au plus près des réalités quotidiennes des planteurs. C'est tout l'enjeu d'une vulgarisation agricole réussie : transformer une norme écrite dans les bureaux d'Abidjan en pratique vivante dans les cacaoyères de l'intérieur du pays.