Premier producteur mondial de noix de cajou brutes, la Côte d'Ivoire exporte encore 80% de sa production sans transformation. La 5e édition du SIETTA, prévue en novembre 2026, marque un tournant : valoriser l'intégralité du fruit, pas seulement l'amande. Un défi industriel, économique et commercial de première magnitude.
▌ 🔍 DECRYPTAGE
Le Salon International des Équipements et des Technologies de Transformation de l'Anacarde (SIETTA) souffle sa cinquième bougie avec une ambition renouvelée. Placé sous le thème « La transformation de l'anacarde : au-delà de l'amande », l'événement prévu du 12 au 14 novembre 2026 au Palais de la Culture d'Abidjan-Treichville entend marquer une rupture dans la stratégie ivoirienne de valorisation du cajou.
Le directeur général du Conseil Coton Anacarde Karité (CCAK), Mamadou Berté, l'a affirmé sans ambiguïté : la Côte d'Ivoire ne veut plus seulement être le premier producteur — elle veut être une référence internationale dans la transformation. Concrètement, cela signifie industrialiser le traitement de la coque (qui contient un liquide — le CNSL — très prisé dans les industries chimique et automobile), de la pomme de cajou (dont le jus, très nutritif, est quasi inexploité à grande échelle) et des autres sous-produits encore peu valorisés.
Les chiffres donnent le vertige. La Côte d'Ivoire produit environ 900 000 à 1 million de tonnes de noix de cajou brutes par an, dont moins de 20% sont transformées localement. La valeur ajoutée captée par les pays acheteurs — Inde, Vietnam — est colossale. Chaque tonne transformée localement crée de l'emploi, retient de la valeur ajoutée et réduit la vulnérabilité aux chocs de prix des marchés internationaux. Si l'on ajoute la valorisation de la pomme et de la coque, le potentiel économique est multiplié. Le SIETTA est le forum où se construisent les partenariats industriels qui permettront de concrétiser cette ambition.
L'ambition de transformer l'anacarde localement est affichée depuis des années — et les résultats restent décevants au regard des potentialités. Les opérateurs de transformation locale se heurtent à un triple obstacle : coût élevé du financement bancaire, manque de techniciens qualifiés, et concurrence déloyale des exportateurs de brut qui bénéficient parfois d'exonérations contestées. Certains acteurs de la filière dénoncent également un manque de cohérence réglementaire : les textes qui devraient favoriser la transformation locale ne sont pas toujours appliqués avec rigueur. Le SIETTA peut être un catalyseur — encore faut-il que la volonté politique se traduise en actes concrets après le salon.
L'anacarde ivoirien, c'est bien plus qu'une noix. C'est un fruit entier dont chaque partie recèle une valeur insoupçonnée. La pomme de cajou, riche en vitamine C, est consommée fraîche dans certaines régions productrices mais pourrait alimenter une industrie de jus, de confitures et de produits séchés. La coque, souvent brûlée sur place, contient un liquide aux propriétés industrielles remarquables. Producteurs, entrepreneurs, investisseurs : le SIETTA 2026 est votre rendez-vous. L'avenir de la filière se construit dans la transformation.