Un projet de recherche pionnier pour mobiliser les micro-organismes du sol au service de la sécurité alimentaire, de la qualité des cultures et de la réduction des intrants chimiques
Korhogo, bibliothèque de l'UPGC, 18 juin 2026. L'Université Peleforo Gon Coulibaly (UPGC) a officiellement lancé un projet de recherche ambitieux sur les rhizobactéries à potentiel phytobénéfique, en vue d'améliorer durablement la production de manioc et de maïs dans le Nord de la Côte d'Ivoire. Financé par le Fonds pour la science, la technologie et l'innovation (FONSTI), ce projet explore une voie encore peu développée en Afrique de l'Ouest : l'utilisation de bactéries bénéfiques naturellement présentes dans les sols agricoles pour stimuler la croissance des cultures et réduire la dépendance aux engrais et pesticides chimiques.
Le projet prévoit l'identification des rhizobactéries biofertilisantes les plus performantes, leur expérimentation sur le manioc et le maïs dans les conditions pédoclimatiques du Nord ivoirien, et la formation d'une coopérative agricole à l'utilisation de ces technologies. À terme, l'objectif est triple : restaurer les sols épuisés, réduire les coûts de production pour les agriculteurs et améliorer durablement les rendements des cultures vivrières de base.
DÉCRYPTAGE
Les rhizobactéries à potentiel phytobénéfique (PGPR, Plant Growth-Promoting Rhizobacteria) sont des micro-organismes du sol capables de stimuler la croissance des plantes par plusieurs mécanismes : fixation de l'azote atmosphérique, solubilisation du phosphore, production d'hormones de croissance végétale et protection contre les pathogènes. Leur utilisation comme biofertilisants constitue une alternative durable aux intrants chimiques, dont l'usage excessif appauvrit les sols ivoiriens et pollue les nappes phréatiques. Cette recherche menée par l'UPGC est directement liée aux enjeux de durabilité agricole et de conformité avec les exigences croissantes des marchés à l'export.
Le manioc et le maïs sont les deux cultures vivrières de base du Nord ivoirien : ils représentent la sécurité alimentaire de millions de ménages ruraux. La réduction du coût des intrants grâce aux biofertilisants pourrait améliorer significativement les marges des petits producteurs — qui consacrent souvent 40 à 60 % de leurs dépenses agricoles aux engrais et pesticides. Par ailleurs, dans le contexte de la transition agroécologique exigée par les marchés européens et les normes de traçabilité, les biofertilisants constituent un avantage compétitif croissant.
La recherche agronomique africaine souffre d'un problème récurrent : le fossé entre les résultats de laboratoire et leur adoption effective par les agriculteurs. Combien de technologies prometteuses ont été validées en station sans jamais atteindre les champs paysans, faute de mécanismes de vulgarisation et de marchés de biofertilisants accessibles ? Le projet UPGC/FONSTI devra impérativement intégrer une stratégie de transfert technologique solide, avec une dimension commerciale viabilisée, pour ne pas rejoindre le cimetière des recherches publiées mais jamais appliquées.
Agriculteurs du Nord ivoirien : des chercheurs travaillent pour vous donner accès à des solutions naturelles et moins coûteuses que les engrais chimiques. Si vous êtes contactés pour participer à des essais sur le manioc ou le maïs avec ces nouvelles bactéries, engagez-vous. Votre terrain et votre expérience sont précieux. Et si les résultats sont concluants, exigez que ces biofertilisants soient rendus accessibles à prix abordable pour tous les producteurs de votre région.