Une collaboration académique inédite pour proposer des politiques publiques climatiques adaptées aux réalités paysannes des deux premiers producteurs mondiaux de cacao
Yamoussoukro, INP-HB, 18 juin 2026. Une délégation de l'Université Harvard a été reçue à l'Institut National Polytechnique-Félix Houphouët-Boigny dans le but d'établir les bases d'un partenariat scientifique majeur centré sur l'impact du changement climatique sur les producteurs de cacao en Côte d'Ivoire et au Ghana. Cette initiative, financée par le Fonds présidentiel Motsepe pour l'accélération de la recherche en Afrique, vise à produire des politiques publiques climatiques centrées sur les producteurs — et non plus dictées de l'extérieur sans ancrage dans les réalités paysannes locales.
Le projet, intitulé « Towards a cocoa producer-focused climate policy in Côte d'Ivoire and Ghana », s'appuie sur une équipe internationale de chercheurs. Il marque une reconnaissance internationale de l'INP-HB comme acteur scientifique de premier plan sur les enjeux agroclimatiques en Afrique de l'Ouest. Pour la filière cacao, déjà bousculée par le dérèglement climatique, les exigences de la réglementation européenne anti-déforestation (RDUE) et la pression sur les prix, cette collaboration arrive à point nommé.
« Ce partenariat vise à proposer des politiques publiques plus adaptées aux réalités du terrain des producteurs de cacao ivoiriens et ghanéens. »
DÉCRYPTAGE
Le changement climatique n'est pas une abstraction pour les cacaoculteurs : c'est des pluies décalées, des sécheresses prolongées, des maladies nouvelles et des rendements en baisse. Jusqu'ici, les politiques climatiques appliquées aux filières agricoles tropicales ont souvent été conçues dans les capitales mondiales sans consultation réelle des paysans concernés. L'originalité du projet INP-HB/Harvard est de placer le producteur au centre : ses pratiques, ses contraintes et ses savoirs locaux seront intégrés dans la modélisation des politiques climatiques recommandées aux gouvernements ivoirien et ghanéen.
La Côte d'Ivoire et le Ghana fournissent ensemble plus de 60 % du cacao mondial. Le changement climatique menace directement cette position : selon les projections, les zones de culture traditionnelles du cacao pourraient se rétrécir drastiquement d'ici 2050. Pour les deux économies, dont les recettes d'exportation dépendent massivement de cette culture, l'enjeu est existentiel. Des politiques publiques mieux adaptées pourraient ralentir ce déclin et favoriser une transition agricole planifiée plutôt que subie.
La collaboration avec Harvard suscite des questions légitimes sur la propriété intellectuelle des données collectées et des recommandations produites. Qui détiendra les résultats de ces recherches ? Les gouvernements ivoirien et ghanéen auront-ils une réelle capacité de décision sur leur application, ou s'agit-il d'un partenariat à sens unique où les universités du Nord produisent des recommandations que le Sud est censé appliquer sans négociation ? L'INP-HB doit défendre une co-construction équitable des savoirs.
Producteurs de cacao de la Côte d'Ivoire et du Ghana : votre expertise paysanne a une valeur scientifique. Vos observations sur les changements de saisons, les maladies nouvelles, les espèces qui disparaissent — tout cela est une donnée précieuse pour les chercheurs. Si des équipes de recherche viennent dans votre village, participez. Votre parole peut influencer des politiques qui protègeront votre activité pour les décennies à venir.