Un atelier national pour mettre fin aux dérives administratives et financières qui minent les filières
Abidjan, Palm Club de Cocody, 17 juin 2026. Le ministre des Ressources animales et halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, a officiellement ouvert un atelier national de renforcement des capacités des organisations interprofessionnelles du secteur. En présence de 87 participants — responsables de filières, représentants de structures d'appui et partenaires institutionnels — l'événement a marqué un tournant dans la volonté affichée du gouvernement de moraliser la gestion de ces corps intermédiaires essentiels à l'économie agricole ivoirienne.
Initiée par la Direction des Organisations Professionnelles et de l'Appui au Financement (DOPAF), avec le concours du Fonds Interprofessionnel pour la Recherche et le Conseil Agricoles (FIRCA), cette rencontre vise à apporter des réponses concrètes aux dysfonctionnements récurrents qui, depuis des années, affaiblissent les interprofessions.
« Je vous exhorte à faire un bon usage des enseignements qui seront tirés de cet atelier afin d'améliorer durablement la gouvernance de vos interprofessions. — Sidi Tiémoko Touré, ministre »
DÉCRYPTAGE
Les organisations interprofessionnelles sont des chevilles ouvrières des filières animales et halieutiques : elles assurent la coordination entre producteurs, transformateurs, commerçants et exportateurs. Mais leur crédibilité est souvent écornée par une gestion opaque des ressources, des conflits de gouvernance et une faible reddition de comptes. L'atelier de Cocody s'inscrit dans une dynamique de réforme structurelle qui passe par la formation des acteurs aux bonnes pratiques de gouvernance administrative et financière, avec des outils concrets : référentiels de gestion, mécanismes de contrôle interne et cadres de redevabilité.
Les filières animales et halieutiques représentent un pilier de la sécurité alimentaire et un levier de revenus pour des millions d'Ivoiriens. Une mauvaise gouvernance des interprofessions se traduit directement par des pertes de ressources, des distorsions de marché et une faible attractivité pour les investisseurs. Renforcer ces structures, c'est consolider tout un écosystème productif. Le FIRCA, en finançant cet atelier, signale aussi son rôle croissant d'acteur de transformation institutionnelle du monde rural.
L'organisation de cet atelier soulève une question de fond : pourquoi faut-il attendre une intervention ministérielle pour corriger des dysfonctionnements que les acteurs eux-mêmes connaissent depuis des années ? Certains observateurs pointent du doigt le manque de volonté politique passée et la culture de l'impunité qui a longtemps protégé certains dirigeants d'interprofessions mal gérées. La vraie question est de savoir si cet atelier débouchera sur des mécanismes contraignants et des sanctions effectives, ou s'il restera une opération de communication institutionnelle.
Producteurs, éleveurs, pêcheurs artisanaux : vous êtes les premiers concernés par la bonne gouvernance de vos interprofessions. Ces structures sont censées défendre vos intérêts, négocier vos prix, vous donner accès au financement et aux marchés. Exigez la transparence. Demandez à vos représentants de rendre des comptes. La gouvernance n'est pas l'affaire exclusive des technocrates — c'est aussi votre droit.