● DÉCRYPTAGE
Journée mondiale contre la désertification, 17 juin 2026. Le ministre Abou Bamba appelle à une gestion durable des terres. Mais entre l'injonction officielle et la réalité du terrain, l'écart demeure préoccupant.
Le 17 juin de chaque année, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse. En Côte d'Ivoire, le ministre de l'Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, a profité de cette tribune pour réaffirmer l'engagement du gouvernement en faveur de la restauration des terres dégradées et de la gestion durable des pâturages. Un discours attendu, mais dont la portée dépend désormais de la capacité de l'État à le traduire en actes budgétaires et programmatiques concrets.
La Côte d'Ivoire, longtemps considérée comme l'un des pays les plus boisés d'Afrique de l'Ouest, a perdu plus de 80 % de son couvert forestier en cinquante ans. La pression agricole — notamment l'extension des cultures cacaoyères et caféières — la déforestation liée aux activités minières artisanales et les changements climatiques ont profondément fragilisé les écosystèmes terrestres.
La dégradation des terres n'est pas qu'un problème environnemental. C'est une bombe à retardement économique. Des sols appauvris signifient des rendements agricoles en baisse, une insécurité alimentaire croissante et des migrations rurales massives vers les villes. Pour une économie dont la base repose à 40 % sur l'agriculture, l'érosion de la fertilité des sols est directement corrélée à une baisse des recettes d'exportation. Sans compter les coûts croissants d'adaptation pour les communautés rurales, que l'État devra assumer en l'absence d'investissements préventifs.
L'appel du ministre Abou Bamba « aux populations » pour adhérer à une gestion durable des terres soulève une question de responsabilité. Les paysans ivoiriens détruisent-ils leur environnement par choix délibéré, ou sont-ils victimes de politiques agricoles qui ont pendant des décennies encouragé l'extension des cultures de rente sans mécanisme de durabilité intégré ? Le Conseil du Café-Cacao a longtemps rémunéré les agriculteurs à la quantité produite, sans prime à la durabilité. La responsabilité de la dégradation environnementale est systémique, non individuelle.
Pour les acteurs agricoles, les collectivités rurales et les organisations paysannes, plusieurs ressources existent : les programmes REDD+ (Réduction des Émissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des forêts), les certifications durables (Rainforest Alliance, UTZ), et désormais les exigences EUDR (Règlement européen sur la déforestation) qui imposent une traçabilité géoréférencée pour tout produit exporté vers l'UE. S'y conformer n'est plus optionnel : c'est une condition d'accès aux marchés.