Le ministre Mamadou Touré annonce la formation de 50 000 ingénieurs, chercheurs et techniciens d'ici 2031. Un chiffre ambitieux qui engage l'avenir d'une jeunesse ivoirienne en quête de perspectives. Mais derrière l'ambition, quelles réalités structurelles ?
DÉCRYPTAGE
Le 13 juin 2026, à la 5e édition du Forum de l'Insertion Professionnelle organisé au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire par Aïssata Sidibé-N'Dia, directrice générale d'Afrique Femme, le ministre Mamadou Touré a formulé une promesse à 360 degrés : en cinq ans, l'État ivoirien s'engage à former 50 000 ingénieurs, chercheurs et techniciens dans des domaines scientifiques alignés sur les besoins du Plan National de Développement (PND). Cette annonce intervient dans un contexte où le chômage des jeunes dépasse 20 % à Abidjan selon certaines estimations, et où l'inadéquation formation-emploi est régulièrement citée par les entreprises comme leur premier frein au recrutement.
Le programme sera calé sur les besoins exprimés dans le PND, ce qui implique une articulation entre les ministères de l'Enseignement Supérieur, de la Formation Professionnelle, de l'Industrie et de l'Emploi — une coordination interministérielle qui, en Côte d'Ivoire comme ailleurs, constitue souvent le maillon faible des politiques publiques.
Les secteurs porteurs identifiés dans le PND — numérique, énergie, agro-industrie, BTP, santé — requièrent massivement des profils techniques et scientifiques de haut niveau. Or, la Côte d'Ivoire souffre d'un déficit structurel d'ingénieurs et de techniciens qualifiés, obligeant les grandes entreprises et les projets d'infrastructure à recruter massivement des expatriés, avec un coût pour la balance des paiements et un manque à gagner pour le tissu économique local.
Former 50 000 techniciens supérieurs et ingénieurs en cinq ans, c'est potentiellement économiser des milliards de FCFA en transferts de compétences externes, tout en créant une masse critique de talents susceptibles d'alimenter une économie de l'innovation et des startups. Le modèle rwandais, avec son Kigali Innovation City, montre qu'il est possible — à condition d'un alignement entre universités, État et secteur privé.
10 000 ingénieurs par an, c'est plus que ce que forment aujourd'hui ensemble les universités et grandes écoles ivoiriennes dans l'ensemble des filières scientifiques et techniques. Où se feront ces formations ? Quelles nouvelles institutions ou quels partenariats seront mobilisés ? Quel sera le taux d'insertion réelle de ces diplômés ? Les précédentes annonces de "10 000 emplois créés" ou de "100 000 jeunes formés" ont laissé des traces d'incrédulité dans l'opinion, faute de tableaux de bord publics et de rapports d'exécution transparents.
Des économistes demandent : pourquoi ne pas avoir chiffré l'investissement public correspondant ? Former un ingénieur coûte en moyenne entre 3 et 5 millions de FCFA par an sur 3 à 5 ans. Pour 50 000 ingénieurs, c'est un engagement financier de plusieurs centaines de milliards de FCFA. Ce chiffre brille par son absence dans les déclarations officielles.
Jeunes Ivoiriens : orientez-vous vers les filières scientifiques et techniques. Elles sont les piliers de la prochaine économie. L'État semble vouloir vous accompagner — exigez des actes concrets, des bourses, des infrastructures et des débouchés clairs. Aux entreprises et partenaires privés : ces 50 000 futurs ingénieurs sont votre vivier. Investissez dès maintenant dans leur formation par l'apprentissage, les stages qualifiants et les chaires industrielles.
“ Sous la houlette du Président de la République, nous nous engageons à mettre en place un dispositif pour former 50 000 ingénieurs, chercheurs et techniciens dans divers domaines scientifiques selon les besoins du PND. ” — Mamadou Touré, Ministre de la Promotion de la Jeunesse