Lombalgies, tendinites, syndromes du canal carpien... Ces pathologies professionnelles méconnues explosent dans les secteurs productifs. À San Pedro, la CNPS forme ses premières lignes de défense médicale. Mais suffit-il de soigner sans prévenir ?
DÉCRYPTAGE
La Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) a organisé, début juin 2026 à San Pedro, une session de formation de trois jours à destination des médecins du travail et des infirmiers, spécifiquement axée sur la détection, la prise en charge et la déclaration des Troubles Musculo-Squelettiques (TMS). Cette initiative s'inscrit dans une stratégie nationale de renforcement de la santé et de la sécurité au travail, longtemps parent pauvre des politiques sociales ivoiriennes.
Les TMS regroupent un ensemble d'affections touchant les muscles, tendons, ligaments, articulations et nerfs. Ils représentent, en Europe, plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues. En Côte d'Ivoire, leur prévalence exacte est encore peu documentée, mais les professionnels de santé estiment qu'ils sont massivement sous-déclarés, notamment dans les secteurs agricole, portuaire et industriel — trois piliers de l'économie ivoirienne.
Les TMS ont un coût colossal et largement ignoré. Absentéisme, baisse de productivité, prise en charge médicale, invalidité précoce : l'OIT estime que les accidents du travail et les maladies professionnelles coûtent aux économies mondiales l'équivalent de 4 % du PIB chaque année. Pour la Côte d'Ivoire, dont le secteur agricole mobilise plus de 40 % de la main-d'œuvre, des postures de travail non ergonomiques dans les plantations de cacao, d'hévéa ou de palmier à huile constituent des bombes à retardement pour la santé des travailleurs et la durabilité du système de prévoyance sociale.
Investir dans la prévention des TMS, c'est préserver le capital humain de l'économie ivoirienne — et, in fine, les recettes de la CNPS elle-même.
La formation de médecins du travail est une bonne chose. Mais combien d'entreprises ivoiriennes disposent réellement d'un médecin du travail ? La législation ivoirienne impose aux entreprises de plus de 750 salariés d'avoir un service médical autonome. Or, dans les faits, des dizaines de milliers de PME et d'unités informelles fonctionnent sans aucune couverture médicale professionnelle. Qui forme les secouristes des coopératives cacaoyères ? Qui surveille la santé des manutentionnaires du port d'Abidjan ? Le poids de la CNPS ne saurait compenser le vide laissé par l'inspection du travail, chroniquement sous-dotée en moyens humains et financiers.
Travailleurs ivoiriens : une douleur chronique dans le dos, le poignet ou l'épaule n'est pas une fatalité à accepter. C'est peut-être une maladie professionnelle qui donne droit à réparation. Déclarez, consultez, faites valoir vos droits. Employeurs : l'ergonomie au poste de travail n'est pas un coût — c'est un investissement sur la durée.