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ÉDUCATION & FILIÈRE CACAO Cantines scolaires, enseignants et cacao : le pacte à cinq ans qui veut réconcilier l'école et les champs

ÉDUCATION & FILIÈRE CACAO Cantines scolaires, enseignants et cacao : le pacte à cinq ans qui veut réconcilier l'école et les champs

Un protocole d'accord signé le 13 juillet entre le ministère de l'Éducation nationale et Lutheran World Relief ambitionne de s'attaquer, en même temps, à l'alimentation scolaire, aux conditions de vie des enseignants du Nord et au décrochage scolaire dans les zones cacaoyères.

🔍 DÉCRYPTAGE
Ce protocole d'une durée de cinq ans, signé au cabinet du ministre N'Guessan Koffi à Abidjan-Plateau, associe le ministère à Lutheran World Relief, organisation affiliée à Corus International. Il se décline en quatre projets pilotes : le développement de l'alimentation scolaire, l'amélioration des conditions de vie des enseignants dans les régions septentrionales, la formation des élèves aux techniques modernes de récolte et de transformation du cacao, et la lutte contre le décrochage scolaire couplée à la réinsertion des élèves dans les zones cacaoyères.
En articulant éducation et filière cacao dans un même document contractuel, le ministère reconnaît implicitement que les problématiques scolaires dans les bassins de production ne peuvent plus être traitées indépendamment des réalités économiques et sociales de ces zones — un changement d'approche notable par rapport aux politiques éducatives sectorielles classiques.
L'articulation entre décrochage scolaire et zones cacaoyères touche à un enjeu économique de fond pour la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao : la pérennité de la main-d'œuvre agricole qualifiée face à la concurrence de l'exode vers les centres urbains. Former les élèves aux techniques modernes de récolte et de transformation du cacao dès le cadre scolaire, c'est aussi préparer une relève capable d'accompagner la montée en gamme de la filière, alors même que le pays affiche l'ambition de transformer localement une part croissante de sa production.
Le directeur de cabinet Sangaré Moustapha a inscrit cette collaboration dans la vision du gouvernement ivoirien, qui place l'éducation au cœur de l'égalité des chances et du développement du capital humain — une manière de relier ce partenariat aux grandes orientations nationales de développement.
La question des conditions de vie des enseignants dans les régions septentrionales du pays n'est pas nouvelle, et les partenariats internationaux, aussi bienvenus soient-ils, interrogent sur la capacité de l'État à financer durablement, sur ses ressources propres, l'amélioration de ces conditions une fois le protocole de cinq ans arrivé à échéance. Le risque d'une dépendance chronique aux financements extérieurs pour des missions régaliennes de service public reste posé, et mériterait d'être clarifié dans les modalités de mise en œuvre du protocole.
Ce protocole rappelle une réalité trop souvent minimisée : le décrochage scolaire dans les zones cacaoyères n'est pas seulement une affaire d'éducation, il est intimement lié aux conditions économiques des familles productrices. Sensibiliser les communautés bénéficiaires à l'importance de la scolarisation continue des enfants, y compris pendant les périodes de récolte, est une condition de réussite de ce partenariat, tout autant que les moyens matériels engagés.

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