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INVESTISSEMENT & GENRE ENTREPRENEURIAT FÉMININ : LA CÔTE D'IVOIRE OUVRE ENFIN LA PORTE DOR DU CEPICI AUX FEMMES

INVESTISSEMENT & GENRE ENTREPRENEURIAT FÉMININ : LA CÔTE D'IVOIRE OUVRE ENFIN LA PORTE DOR DU CEPICI AUX FEMMES

À Abidjan, le lancement du Guichet Investir au Féminin (GUIF) par le CEPICI marque une rupture annoncée avec les pratiques classiques de l'accompagnement entrepreneurial. Reste à savoir si ce nouveau sésame tiendra ses promesses sur le terrain.
DÉCRYPTAGE
Le lundi 29 juin 2026, la directrice générale du Centre de Promotion des Investissements en Côte d'Ivoire (CEPICI), Solange Amichia, a officiellement lancé à Abidjan le Guichet Investir au Féminin (GUIF), en partenariat avec le Women's Investment Club (WIC). Ce dispositif se présente comme un point d'entrée unique, pensé pour orienter, simplifier et accélérer l'accès des femmes entrepreneures aux mécanismes d'investissement existants. Concrètement, il s'agit d'un guichet dédié au sein même de l'architecture institutionnelle du CEPICI, censé fluidifier le parcours souvent semé d'embûches administratives et financières que rencontrent les porteuses de projets ivoiriennes.
La création de ce guichet ne sort pas de nulle part : elle s'inscrit dans une dynamique plus large de réforme du climat des affaires, soutenue financièrement et techniquement par la Banque Africaine de Développement (BAD) à travers son Programme d'Appui à l'Amélioration du Climat des Affaires en Côte d'Ivoire (PACACI). Ce soutien institutionnel donne au GUIF une assise financière et une légitimité technique qui dépassent le simple effet d'annonce, du moins sur le papier.
Derrière ce lancement se joue une question économique de fond : celle de la sous-capitalisation chronique des entreprises dirigées par des femmes en Côte d'Ivoire et, plus largement, en Afrique subsaharienne. Les études de la Société Financière Internationale (IFC) et de plusieurs institutions panafricaines convergent depuis des années sur un même constat : le déficit de financement destiné aux femmes entrepreneures se chiffre en milliards de dollars à l'échelle continentale, freinant la création d'emplois et la diversification économique.
« Sortir des barrières et des approches classiques »
En misant sur un guichet spécialisé, le CEPICI parie sur un effet de levier : faciliter l'accès au capital pour des femmes qui, historiquement, peinent à mobiliser des garanties bancaires classiques, pourrait débloquer un gisement de croissance largement sous-exploité, notamment dans l'agro-industrie, la transformation et les services, secteurs où l'entrepreneuriat féminin ivoirien est déjà très présent mais sous-financé.
Si l'initiative est saluée, elle ne fait pas taire pour autant les voix critiques qui rappellent que la Côte d'Ivoire a déjà multiplié, ces dernières années, les dispositifs d'accompagnement spécifiques sans toujours en mesurer l'impact réel. Plusieurs acteurs du secteur privé s'interrogent sur la coordination entre ce nouveau guichet et les fonds déjà existants — fonds de garantie, lignes de crédit dédiées, programmes portés par des bailleurs bilatéraux — au risque de créer un empilement de structures plus lisible sur le papier que sur le terrain.
La question de la pérennité financière du dispositif, une fois l'accompagnement initial de la BAD arrivé à son terme, reste également posée. Sans relais budgétaire national clairement identifié, le GUIF pourrait connaître le sort d'autres initiatives ambitieuses qui se sont essoufflées faute de financement propre.
Au-delà des chiffres et des controverses institutionnelles, ce lancement interpelle directement les femmes entrepreneures ivoiriennes, souvent freinées non seulement par des obstacles financiers, mais aussi par des barrières culturelles et un accès limité à l'information sur les dispositifs existants. Pour que le GUIF change réellement la donne, il devra s'accompagner d'un effort soutenu de communication de proximité, notamment en direction des entrepreneures hors d'Abidjan, qui restent les grandes oubliées de la plupart des programmes nationaux d'accompagnement.

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