Franchir le cap de 25,5 millions d'adhérents à la Couverture Maladie Universelle était le premier combat. Le second, peut-être plus difficile, commence : transformer cette masse d'enrôlés en cotisants réguliers. Le ministre Adama Kamara l'a dit sans ambages à Abengourou.
▌ 🔍 DECRYPTAGE
La 6e édition de la « Ronde du social » a choisi pour terrain de jeu la région de l'Indénié-Djuablin, avec pour étapes Abengourou et Agnibilékrou. L'objectif : rapprocher physiquement les services de protection sociale des populations les plus éloignées des centres de décision. Le ministre de l'Emploi, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, Me Adama Kamara, y a délivré un message d'une clarté désarmante : l'enrôlement est une victoire, mais la bataille de la cotisation est le vrai enjeu de pérennité du système.
À ce jour, la Couverture Maladie Universelle (CMU) et le Régime Social des Travailleurs Indépendants (RSTI) cumulent 25,5 millions de personnes enrôlées — un chiffre historique qui place la Côte d'Ivoire parmi les leaders africains de la couverture santé universelle. Mais une carte CMU sans cotisation effective est une coquille vide. La mobilisation des ressources internes constitue désormais la pierre angulaire du système.
Le modèle économique de la CMU repose sur un principe simple : la mutualisation du risque. Plus le nombre de cotisants effectifs est élevé, plus le fonds est solide, plus les remboursements sont rapides et les soins accessibles. Avec 25,5 millions d'enrôlés, si seulement 50% cotisaient régulièrement, cela représenterait un flux financier considérable capable de soutenir l'ensemble du dispositif sanitaire national. Le RSTI, spécialement conçu pour les travailleurs du secteur informel — commerçants, artisans, agriculteurs — est la pièce maîtresse de cet édifice.
L'enrôlement massif soulève une question que beaucoup hésitent à poser : combien de ces 25,5 millions d'enrôlés cotisent réellement ? Le gouvernement communique abondamment sur les chiffres d'adhésion mais reste plus discret sur le taux de cotisation effective — un silence qui alimente les soupçons. Des acteurs de la société civile rappellent que l'enrôlement a souvent été facilité par des campagnes gratuites, créant une base élargie mais pas nécessairement contributive. La viabilité à long terme du système reste conditionnée à la transformation de cette masse en communauté de cotisants responsables.
La CMU n'est pas un cadeau de l'État : c'est un contrat social. Chaque cotisation versée, aussi modeste soit-elle, renforce le filet de sécurité dont chacun peut avoir besoin demain. Accident, maladie, accouchement : personne n'est à l'abri. Adhérer à la CMU et cotiser régulièrement, c'est protéger sa famille, ses enfants et contribuer à un système de santé plus juste et plus solide pour tous. Les populations d'Abengourou et d'Agnibilékrou ont répondu présentes à la Ronde du social. Que cet élan se transforme en engagement durable.