Daloa, Aboisso, et demain d'autres villes : la politique de décentralisation des centres d'hémodialyse change concrètement le quotidien de milliers de malades
12 000 nouveaux cas d'insuffisance rénale chaque année en Côte d'Ivoire. Derrière cette statistique froide, des milliers de patients qui, sans traitement régulier par hémodialyse (dialyse), voient leur vie s'écourter. Face à cette réalité, le gouvernement ivoirien déploie une politique de rapprochement des centres de traitement des populations, avec pour ambition de mettre fin à l'errance thérapeutique et aux dépenses de transport ruineux que vivaient jusqu'ici de nombreux malades.
À Daloa, un centre d'hémodialyse est opérationnel depuis septembre 2024 au Centre hospitalier régional. Une soixantaine de patients y reçoivent leurs soins sans avoir à rallier Yamoussoukro ou Abidjan. À Aboisso, un centre similaire a ouvert ses portes en 2023. Dans l'ensemble des structures publiques du pays, la séance d'hémodialyse est subventionnée à 1 750 FCFA — un tarif rendu possible grâce à une prise en charge étatique qui représente plusieurs dizaines de milliers de FCFA de coût réel.
« Avant l'ouverture du centre, je me rendais à Yamoussoukro le matin et je rentrais le soir après ma séance. Cela me coûtait cher et je rentrais chez moi épuisée. — Massita Koné, patiente, Daloa »
DÉCRYPTAGE
L'hémodialyse est un traitement vital pour les insuffisants rénaux terminaux : elle supplée la fonction de filtration des reins à raison de trois séances par semaine minimum. Son coût réel, dans une structure privée ou à l'étranger, peut dépasser 150 000 FCFA par séance. La subvention d'État ramenant le tarif à 1 750 FCFA dans les hôpitaux publics est donc une intervention sociale majeure. La décentralisation des centres est tout aussi cruciale : une maladie chronique qui impose trois déplacements hebdomadaires sur de longues distances est une maladie qui ruine les familles avant même de soigner les patients.
La prise en charge des maladies chroniques coûteuses comme l'insuffisance rénale représente un investissement public dont le rendement est d'abord humanitaire, mais aussi économique : des actifs malades et non traités pèsent sur la productivité nationale et génèrent des dépenses catastrophiques pour les ménages. La subvention de l'État, en rendant le traitement accessible, permet à de nombreux patients de rester actifs et de ne pas basculer dans la pauvreté absolue. L'extension du réseau de centres est aussi créatrice d'emplois dans le secteur de la santé.
Si la politique de décentralisation est saluée, des problèmes de capacité et d'équipement persistent dans plusieurs centres. Des témoignages font état d'attentes prolongées, de pannes de machines non réparées rapidement et de pénuries de consommables. Ouvrir un centre, c'est bien — le maintenir en état de fonctionnement optimal avec un personnel formé et du matériel fiable, c'est le vrai défi. Sans ressources récurrentes suffisantes, les centres de Daloa et Aboisso risquent de devenir des promesses non tenues.
L'insuffisance rénale se détecte souvent tardivement parce qu'elle est longtemps asymptomatique. Les facteurs de risque sont connus : hypertension artérielle, diabète, consommation excessive d'anti-douleurs, certaines infections. Si vous présentez l'un de ces facteurs, faites contrôler votre fonction rénale par une simple prise de sang. Un dépistage précoce peut éviter d'en arriver à la dialyse. La prévention coûte infiniment moins cher que le traitement.