● DÉCRYPTAGE
Passation officielle de charges à la Maison de la Presse, le 18 juin 2026. Une nouvelle présidente, Marie-Laure N'Goran, hérite d'une union fragilisée par des mois de tensions internes. La presse ivoirienne peut-elle se réinventer ?
Jeudi 18 juin 2026, la Maison de la Presse d'Abidjan a accueilli la cérémonie officielle de passation de charges à la tête de l'Union Nationale des Journalistes de Côte d'Ivoire (UNJCI). Jean-Claude Coulibaly, président sortant, a officiellement remis les rênes à Marie-Laure N'Goran, première femme à accéder à la présidence de l'organisation faîtière de la corporation journalistique ivoirienne. L'événement est arrivé après plusieurs mois de turbulences internes qui ont ébranlé la crédibilité de l'UNJCI et exacerbé les divisions au sein de la presse ivoirienne.
Le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly, avait anticipé et salué cette nomination dès le 8 juin dernier. Marie-Laure N'Goran a placé son mandat sous le triple signe du dialogue, de la cohésion et de la modernisation — un agenda résolument tourné vers la restauration de la confiance.
La santé de la presse ivoirienne est directement liée à la vitalité démocratique du pays. Une UNJCI forte et crédible est un garant institutionnel de la liberté de la presse, qui conditionne à son tour la qualité de l'information économique et politique disponible pour les décideurs, les investisseurs et les citoyens. Par ailleurs, la crise structurelle de la presse écrite et audiovisuelle ivoirienne — fragilisée par la transformation numérique, la dépendance aux marchés publicitaires et aux subventions étatiques — appelle un plaidoyer syndical plus vigoureux.
La nomination de Marie-Laure N'Goran, bien qu'accueillie favorablement par une partie de la corporation, n'a pas effacé les griefs. Les sources de tensions — querelles de chapelles, accès aux ressources institutionnelles, proximité présumée de certains leaders avec le pouvoir politique — demeurent. La crédibilité de la nouvelle présidente se mesurera à sa capacité à gérer ces fractures sans se laisser instrumentaliser par les camps en présence. La presse ne saurait défendre l'indépendance des autres si elle ne commence pas par préserver la sienne.
La liberté de la presse n'est pas un acquis permanent. En Côte d'Ivoire, comme ailleurs, elle doit être défendue quotidiennement par les journalistes eux-mêmes, par les patrons de presse et par les citoyens lecteurs. Soutenir une presse indépendante, c'est refuser les contenus de propagande, s'abonner à des médias de qualité, signaler les fausses informations et exiger des décideurs politiques et économiques la transparence que l'intérêt public commande.