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AGRICULTURE VIVRIÈRE & SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE 5 TRACTEURS, 20 TONNES DE SEMENCES, 250 TONNES D'ENGRAIS : L'ÉTAT IVOIRIEN DISTRIBUE, MAIS L'AGRICULTURE VIVRIÈRE PEUT-ELLE SE RELEVER AVEC DES PERFUSIONS ?

AGRICULTURE VIVRIÈRE & SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE   5 TRACTEURS, 20 TONNES DE SEMENCES, 250 TONNES D'ENGRAIS : L'ÉTAT IVOIRIEN DISTRIBUE, MAIS L'AGRICULTURE VIVRIÈRE PEUT-ELLE SE RELEVER AVEC DES PERFUSIONS ?

Bernard Kini Comoé, ministre délégué aux Productions vivrières, a sillonné Boundiali, Daloa et Yamoussoukro pour remettre tracteurs, semences et engrais aux agriculteurs. Un geste fort sur le plan symbolique, mais qui relance le débat sur la durabilité d'une politique agricole sous assistance permanente.
Les 12 et 13 juin 2026, le ministre délégué chargé des Productions vivrières, Bernard Kini Comoé, a procédé à la remise officielle d'intrants agricoles aux producteurs vivriers des régions de Daloa et de Yamoussoukro, après un premier passage à Boundiali. Le lot distribué comprend 5 tracteurs équipés d'accessoires de travail du sol, 20 tonnes de semences améliorées de riz, 100 tonnes d'engrais urée et 150 tonnes d'engrais NPK, accompagnés d'une dotation financière. Ces appuis s'inscrivent dans la politique de mécanisation de l'agriculture vivrière voulue par le Président Alassane Ouattara.
🔍 DÉCRYPTAGE — La mécanisation, un chantier immense encore inachevé
La Côte d'Ivoire accuse un retard structurel considérable en matière de mécanisation agricole. Selon les données disponibles, le taux de mécanisation de l'agriculture ivoirienne reste très inférieur aux standards des pays émergents à vocation agricole comparable. La majorité des exploitations vivrières fonctionnent encore à la houe et à la daba, avec une productivité à l'hectare significativement plus faible que les potentiels agronomiques des zones concernées.
L'initiative du gouvernement tente de pallier ce déficit en injectant des équipements et des intrants subventionnés. Le choix du riz amélioré comme culture prioritaire est stratégique : le riz est le premier aliment de base de la population ivoirienne, et le pays importe encore plusieurs centaines de milliers de tonnes par an pour couvrir ses besoins — une charge en devises considérable que la politique de substitution aux importations entend progressivement réduire.
La Côte d'Ivoire consacre chaque année une part substantielle de ses réserves de change aux importations de riz. Réduire cette dépendance suppose non seulement d'augmenter la production locale, mais également d'améliorer les rendements par hectare grâce à l'adoption de semences à haute performance et à une fertilisation raisonnée. C'est précisément ce que ces dotations cherchent à catalyser. À terme, chaque tonne de riz produite localement représente une économie nette de devises et un revenu supplémentaire pour les paysans.
La mécanisation, quant à elle, est un multiplicateur de productivité : un tracteur permet de cultiver en quelques heures ce qu'un paysan met plusieurs jours à labourer à la main, libérant du temps pour d'autres activités productives et réduisant la pénibilité du travail agricole, notamment pour les femmes.

L'arbre qui cache la forêt ?
La distribution ponctuelle de tracteurs et d'intrants, aussi généreuse soit-elle, ne saurait constituer à elle seule une politique agricole. La vraie question est celle de la pérennité : qui assurera la maintenance des tracteurs dans des zones rurales souvent éloignées des centres de réparation ? Les agriculteurs bénéficiaires ont-ils été formés à l'utilisation optimale de ces équipements ? Les semences améliorées nécessitent un accompagnement technique précis — est-il prévu ? Des observateurs agricoles s'interrogent sur le manque apparent d'une vision intégrée : foncier, financement, formation, marchés.

Le message aux producteurs
Les outils et intrants remis par l'État sont une chance à ne pas gaspiller. Un tracteur mal entretenu devient inutilisable en quelques mois. Des semences améliorées mal semées n'expriment pas leur potentiel génétique. Les producteurs sont invités à se rapprocher des services techniques du MINADER pour un accompagnement continu, à constituer des coopératives capables d'optimiser l'utilisation collective des équipements, et à documenter leurs résultats pour plaider en faveur d'appuis complémentaires.

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