Litiges en cascade, arnaques foncières, terres multiplement vendues... La crise du foncier urbain ivoirien a des racines historiques profondes. L'Attestation de Droit d'Usage Coutumier (ADU) est-elle la bonne arme pour pacifier ce champ de mines ?
DÉCRYPTAGE
Le 11 juin 2026, lors de l'émission "Gouv'Space" diffusée en direct sur le compte X du gouvernement, Kra Kouman, Directeur Général de l'Urbanisme et du Foncier, a dressé un diagnostic sans ambages : la crise du foncier urbain ivoirien est le fruit direct du désengagement de l'État dans les années 1990. À cette époque, sous l'influence des politiques d'ajustement structurel, l'État a cessé d'être producteur de terrains lotis pour laisser la place à des promoteurs privés contractant directement avec les détenteurs de droits coutumiers — une décision qui a ouvert la boîte de Pandore des conflits fonciers.
La réponse apportée aujourd'hui : la réappropriation par l'Administration de la production de certains actes fonciers clés, notamment l'Attestation de Droit d'Usage Coutumier (ADU). Cet acte, qui formalise la reconnaissance des droits coutumiers sans pour autant éliminer les communautés du processus, vise à introduire un tiers de confiance institutionnel dans une relation bilatérale souvent marquée par la fraude et les doubles ventes.
Le foncier est la pierre angulaire de tout développement urbain. Des droits de propriété clairs et sécurisés encouragent l'investissement, permettent l'accès au crédit hypothécaire et alimentent les recettes fiscales locales. À l'inverse, l'insécurité foncière décourage les investissements privés et publics, contribue à la dépréciation des quartiers et génère des conflits sociaux coûteux pour l'État. Le coût des litiges fonciers — en temps de justice, en pertes économiques et en troubles sociaux — est estimé à des dizaines de milliards de FCFA par an dans les grandes agglomérations ivoiriennes.
L'ADU est une solution, mais pas la solution. Le problème fondamental reste l'absence d'un cadastre urbain moderne, informatisé et exhaustif. Sans cartographie précise des droits fonciers, l'ADU restera une rustine sur un pneu crevé. De plus, certains juristes soulèvent la question de la constitutionnalité du système coutumier dans un État qui se veut de droit : comment concilier droits coutumiers locaux et égalité devant la loi pour tous les citoyens ?
La polémique monte également autour du rôle des chefs de terres et des "propriétaires coutumiers", dont certains sont soupçonnés de vendre plusieurs fois les mêmes parcelles à des acquéreurs de bonne foi, laissant les victimes sans recours efficace.
Futurs acquéreurs de terrain en Côte d'Ivoire : ne déboursez jamais un centime sans avoir vérifié l'authenticité de l'acte foncier auprès des services de l'urbanisme. Une ADU falsifiée peut ruiner une vie entière d'économies. L'État met en place des garde-fous — utilisez-les. Les notaires, géomètres et avocats spécialisés sont vos alliés dans ce parcours du combattant foncier.