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LOGEMENT & URBANISME | BOAD / UEMOA DÉFICIT DE 800 000 LOGEMENTS : LA CÔTE D'IVOIRE FACE À SON BOMBE À RETARDEMENT URBAIN

LOGEMENT & URBANISME | BOAD / UEMOA DÉFICIT DE 800 000 LOGEMENTS : LA CÔTE D'IVOIRE FACE À SON BOMBE À RETARDEMENT URBAIN

À Lomé, les BOAD Development Days ont mis à nu un chiffre qui donne le vertige : entre 600 000 et 800 000 logements manquent en Côte d'Ivoire. Pendant que les experts dissertent, les villes débordent.
DÉCRYPTAGE
C'est à la deuxième édition des BOAD Development Days, tenue les 11 et 12 juin 2026 à Lomé (Togo), que le ministre ivoirien de l'Urbanisme, du Logement et du Cadre de vie, Moussa Sanogo, a officiellement chiffré l'ampleur du gouffre : entre 600 000 et 800 000 logements font défaut en Côte d'Ivoire. Cette déclaration, faite devant les dirigeants, experts et financiers de l'espace UEMOA, intervient dans le cadre d'un forum dédié à la réflexion stratégique sur le financement d'un habitat durable, inclusif et énergétiquement souverain.
Le Premier Ministre Robert Beugré Mambé, Grand Témoin de l'événement, s'était fait représenter par le ministre Sanogo — un signal qui aurait dû, peut-être, être plus solennel au vu de l'ampleur du défi. Car si le déficit régional UEMOA est estimé à 3,5 millions de logements, la part ivoirienne n'est pas négligeable, portée par une explosion démographique et une urbanisation galopante : le taux d'urbanisation est passé de 48 % en 2010 à environ 54 % en 2025. D'ici 2035, Abidjan pourrait franchir la barre des 8 millions d'habitants.
Le logement est un secteur à fort multiplicateur économique. Un franc investi dans la construction génère entre 2 et 3 francs d'activité économique dans les secteurs connexes : matériaux, transport, services, énergie, BTP. Pour la Côte d'Ivoire, combler ne serait-ce que la moitié de son déficit représenterait des investissements de l'ordre de plusieurs milliers de milliards de francs CFA, avec à la clef des centaines de milliers d'emplois directs et indirects.
La BOAD, avec ses mécanismes de financement concessionnels, pourrait jouer un rôle clé dans l'émergence de fonds de garantie hypothécaires accessibles aux ménages à revenus intermédiaires — la frange aujourd'hui la plus mal servie par le marché immobilier formel.
Le désengagement de l'État de la production foncière dans les années 1990 — au nom du libéralisme économique — est aujourd'hui reconnu comme l'une des causes structurelles de la crise du logement. Les promoteurs privés, laissés à eux-mêmes, ont prioritairement construit du haut de gamme pour les classes aisées, laissant les couches moyennes et populaires à la merci des quartiers précaires et de l'habitat spontané.
Le vrai cœur de la polémique : à quand un vrai mécanisme public de financement du logement social ? La Côte d'Ivoire dispose d'un Fonds de Prévoyance Militaire, d'une CNPS, d'une MUGEF-CI — autant de réservoirs de capitaux longs qui pourraient financer le logement des cotisants. Mais les blocages institutionnels et réglementaires semblent plus tenaces que la crise elle-même.
800 000 logements manquants, ce sont des familles entières qui s'entassent dans des pièces trop petites, des jeunes couples condamnés à la cohabitation forcée, des femmes et enfants exposés à des conditions sanitaires dégradées. Le logement décent n'est pas un luxe — c'est un droit. Il est temps que la Côte d'Ivoire traite ce dossier avec l'urgence nationale qu'il mérite.

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