Inondations à répétition, caniveaux transformés en dépotoirs, forêts sacrifiées par la consommation de papier : le coordonnateur du Programme National sur le Changement Climatique tire la sonnette d'alarme. Les écogestes ne sont plus une option — ils sont une question de survie urbaine.
Chaque année, la saison des pluies révèle crûment les failles d'une urbanisation galopante mal maîtrisée. Abidjan, Bouaké, San-Pédro : les mêmes images reviennent — rues transformées en rivières, habitations englouties, vies brisées. Et pourtant, les causes profondes, elles, ne changent pas. Mohamed Sanogo, coordonnateur du Programme National sur le Changement Climatique (PNCC), l'a dit sans détour lors de la tribune « Tout savoir sur » du CICG, le 9 juin 2026 à Abidjan-Plateau : le comportement humain est au cœur du problème.
Le décryptage : quand les ordures font plus de dégâts que la pluie
Techniquement, les inondations urbaines sont le résultat d'une conjonction de facteurs. Il y a certes la pluviométrie — des pluies plus intenses et plus concentrées du fait du dérèglement climatique. Mais l'ampleur des dégâts est avant tout déterminée par la capacité des systèmes de drainage à évacuer les eaux. Or ces systèmes, à Abidjan notamment, sont régulièrement obstrués par les déchets solides jetés dans les caniveaux. Une bouteille plastique mal jetée, un sachet plastique abandonné : ces gestes anodins deviennent, multipliés par des millions d'habitants, des armes de destruction massive contre les infrastructures urbaines.
"Limitez les déchets, préservez les caniveaux, triez vos ordures : ces gestes simples peuvent sauver des vies en saison des pluies."
Mohamed Sanogo, Coordonnateur du PNCC, 9 juin 2026
le coût invisible de l'incivisme
Les inondations ne coûtent pas seulement des vies humaines — elles coûtent des milliards. Réparation des routes, relogement des sinistrés, perte de marchandises, arrêts d'activité économique : la facture annuelle des catastrophes climatiques liées aux inondations en Côte d'Ivoire se chiffre en dizaines de milliards de FCFA. Un investissement massif dans la sensibilisation et le tri des déchets serait économiquement bien plus rentable que de reconstruire sans cesse des infrastructures détruites par une mauvaise gestion des déchets.
: les populations seules responsables ?
Si l'appel aux écogestes est légitime, il serait réducteur de faire peser la responsabilité uniquement sur les ménages. Des associations de quartier et des ONG environnementales rappellent régulièrement que le manque de poubelles publiques, l'irrégularité des collectes, et l'absence de décharges contrôlées aux normes sont des facteurs structurels que les citoyens, seuls, ne peuvent pas corriger. La responsabilité est partagée : entre l'État, les communes, les entreprises productrices d'emballages plastiques, et les habitants. Le PNCC serait bien inspiré d'accompagner son appel à la vertu citoyenne d'engagements concrets sur les infrastructures.
📌 LES ÉCOGESTES ESSENTIELS EN SAISON DES PLUIES
✓ Ne jamais jeter de déchets dans les caniveaux ou ouvrages de drainage
✓ Trier les ordures ménagères avant le passage des camions de collecte
✓ Réduire la consommation de papier pour préserver les forêts
✓ Signaler les caniveaux bouchés aux autorités municipales compétentes
✓ Participer aux journées communautaires de nettoiement de quartier