Lors de la tribune d'échanges « Tout Savoir Sur » organisée par le CICG le 9 juin 2026, Mohamed Sanogo, coordonnateur du Programme National Changements Climatiques (PNCC), a appelé les Ivoiriens à adopter des comportements écocitoyens. Son message est clair : face aux effets du changement climatique, l'action gouvernementale seule est insuffisante. La lutte est une responsabilité collective. Il a cité des gestes concrets : préserver les espaces verts, éviter les occupations anarchiques des zones à risque, maintenir les caniveaux propres, adopter des pratiques agricoles durables, économiser l'eau et l'énergie.
▌ DÉCRYPTAGE : LA CÔTE D'IVOIRE FACE AU DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE
La Côte d'Ivoire subit de plein fouet les effets du changement climatique : sécheresses plus fréquentes dans le Nord, inondations dévastatrices dans les zones côtières et périurbaines d'Abidjan, perturbation des saisons agricoles, réduction du couvert forestier. Ces phénomènes menacent directement la sécurité alimentaire, la production cacaoyère et caféière, et les conditions de vie de millions de personnes. Pourtant, la Côte d'Ivoire ne contribue qu'à une infime fraction des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Elle subit les conséquences de décisions prises ailleurs, dans les grandes économies industrielles.
Le changement climatique est une menace existentielle pour les filières agricoles ivoiriennes. Des études récentes projettent une réduction significative des zones de culture du cacao à l'horizon 2050 si le réchauffement se poursuit. Pour un pays dont le cacao représente environ 40% des recettes d'exportation, l'adaptation climatique n'est pas un luxe écologique mais une urgence économique nationale. Les programmes d'agroforesterie, de variétés résistantes à la chaleur et de gestion durable des ressources en eau sont des investissements dont le retour économique est mesurable.
FAIRE LA LEÇON AUX PETITS PENDANT QUE LES GRANDS POLLUENT
Demander aux citoyens ordinaires — dont la majorité n'a jamais pris l'avion et ne possède pas de voiture — d'économiser l'eau et de trier leurs déchets pendant que des multinationales déforestent en toute légalité et que les pays riches peinent à tenir leurs engagements climatiques est une posture qui suscite légitimement de l'irritation. La responsabilité différenciée entre pays développés et pays en développement est un principe fondamental du droit international environnemental. La Côte d'Ivoire a le droit d'exiger des compensations, des transferts de technologies et des financements climatiques à la hauteur de ses besoins, pas seulement des injonctions à changer de comportement.
Malgré la responsabilité historique des pays du Nord, chaque geste compte localement. Les inondations qui frappent les quartiers précaires d'Abidjan sont aggravées par le bouchage des caniveaux et les constructions anarchiques en zones inondables. Planter un arbre, ne pas brûler ses déchets, pratiquer un jardinage économe en eau, soutenir les initiatives locales de reboisement : ces actions ont un impact réel et immédiat sur nos communautés, indépendamment de la politique internationale.