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MIGRANTS DE RETOUR : QUAND L'ÉTAT IVOIRIEN RÉINVENTE LA SOLIDARITÉ

MIGRANTS DE RETOUR : QUAND L'ÉTAT IVOIRIEN RÉINVENTE LA SOLIDARITÉ

Diane Bohi, 30 ans, ancienne migrante rentrée de Tunisie avec l'appui de l'État ivoirien, a bénéficié d'une aide à la réinsertion d'un million de FCFA. Aujourd'hui, elle gère une onglerie à Yopougon qui lui permet de subvenir à ses besoins. Son témoignage illustre un programme plus large : selon le bilan gouvernemental 2011-2025, 860 migrants ivoiriens de retour ont été réinsérés avec l'appui de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), et 1 461 migrants en détresse ont été rapatriés depuis plusieurs pays africains.

▌ DÉCRYPTAGE : UN PROGRAMME QUI HUMANISE LA POLITIQUE MIGRATOIRE
La migration irrégulière de jeunes Ivoiriens vers l'Afrique du Nord et l'Europe reste un phénomène massif et tragique. Des centaines de jeunes risquent leur vie chaque année dans les déserts du Sahara et en Méditerranée. Face à cette réalité, les programmes de réinsertion des migrants de retour constituent à la fois un filet de sécurité humanitaire et un signal politique important. Ils envoient le message que l'État accompagne ceux qui reviennent, sans les stigmatiser. Mais ils soulèvent aussi une question de fond : ces programmes s'attaquent-ils aux causes profondes de la migration, ou seulement à ses conséquences ?

Les migrants de retour sont souvent porteurs d'une expérience, d'une résilience et d'une motivation entrepreneuriale que l'économie ivoirienne aurait tort de négliger. Le million de FCFA accordé à Diane Bohi a permis la création d'une micro-entreprise viable. Multiplié par 860 bénéficiaires, c'est un tissu de micro-activités économiques qui se densifie dans les quartiers populaires. Le partenariat avec l'OIM permet également d'accéder à des financements et expertises internationaux. L'enjeu est maintenant de passer à l'échelle, avec des programmes de suivi et d'accompagnement plus structurés.

860 RÉINSÉRÉS POUR COMBIEN DE PARTANTS ?
Si 860 réinsérés en quatorze ans constitue un résultat, le chiffre interroge sur l'ampleur réelle du phénomène migratoire ivoirien. Des dizaines de milliers de jeunes Ivoiriens ont tenté ou tentent encore la route de l'exil chaque année. La question des conditions de retour et de la dignité avec laquelle les rapatriés sont accueillis mérite aussi attention : un retour humiliant sans perspective réelle peut s'avérer plus traumatisant que le voyage lui-même. Par ailleurs, la focalisation sur les migrants de retour ne doit pas faire oublier les millions de jeunes restés au pays qui peinent également à s'insérer.

Les migrations irrégulières coûtent des vies. Avant de prendre la route, il est impératif de s'informer sur les risques réels et de connaître les alternatives : programmes de formation, appuis à l'entrepreneuriat, stages internationaux légaux. Pour ceux qui sont revenus, les structures de l'OIM, de l'ANADER et les maisons des jeunes peuvent orienter vers les dispositifs d'aide disponibles. La solidarité communautaire — famille, associations de quartier, coopératives — est souvent le premier filet de sécurité efficace.

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