Les ministres Mamadou Touré et Pierre N’Gou Dimba explorent une passerelle entre la formation à l’INFAS et l’insertion professionnelle. Derrière l’initiative, un double défi : la pénurie de personnels de santé et le chômage des jeunes.
EMPLOI & SANTÉ • DÉCRYPTAGE
Dans le cadre du Programme Jeunesse du Gouvernement (PJ-Gouv), les ministres Mamadou Touré (Promotion de la jeunesse, Insertion professionnelle et Service civique) et Pierre N’Gou Dimba (Santé, Hygiène publique et Couverture maladie universelle) se sont rencontrés le lundi 8 juin 2026, à Abidjan-Plateau. Au menu : explorer des pistes de collaboration pour offrir des débouchés concrets aux jeunes formés à l’Institut National de Formation des Agents de Santé (INFAS).
« Nous faisons face à un défi majeur […] : celui des ressources humaines en santé. Le secteur de la santé constitue un important gisement d’emplois pour notre jeunesse », a souligné le ministre Pierre N’Gou Dimba.
Le décryptage : faire d’un problème la solution d’un autre
L’intuition est simple et puissante : le système de santé manque de bras, la jeunesse manque d’emplois. En reliant la formation de l’INFAS à des dispositifs d’insertion, le gouvernement cherche à faire converger deux politiques publiques longtemps menées en parallèle. Le déploiement de la Couverture maladie universelle (CMU) accroît mécaniquement les besoins en personnels : infirmiers, sages-femmes, techniciens. La santé devient ainsi un véritable bassin d’emplois — à condition d’organiser l’absorption des diplômés.
former, oui ; recruter, à quel prix ?
Tout le nœud est là. Le PJ-Gouv mobilise des moyens importants pour l’insertion, mais l’intégration durable d’agents de santé dans le service public suppose une masse salariale pérenne — alors que les contraintes budgétaires poussent souvent vers des contrats précaires ou des recrutements limités. L’équation oppose le coût immédiat du recrutement au rendement, à terme, d’une population mieux soignée et d’une jeunesse active plutôt qu’au chômage. Le financement de la CMU et la soutenabilité des emplois créés seront déterminants.
former sans débouchés, le piège à éviter
La Côte d’Ivoire a déjà connu la frustration de diplômés de la santé formés mais non absorbés, faute de postes. Le risque, dénoncé de longue date, est de multiplier les formations sans garantir l’emploi au bout du parcours. « Explorer des pistes de collaboration » ne suffira pas : la réussite se mesurera au nombre de jeunes effectivement recrutés, et à la qualité — statutaire ou précaire — de ces emplois.
la santé de tous dépend de ces emplois
Derrière la technicité du dossier, un enjeu profondément humain : sans personnels en nombre suffisant, l’accès aux soins recule, en particulier dans les zones rurales. Orienter la jeunesse vers les métiers de la santé, c’est investir simultanément dans l’emploi et dans le bien-être collectif. Encore faut-il que la promesse se traduise en postes réels.
L’IDÉE FORCE
Transformer la pénurie de personnels de santé en opportunité d’emploi pour la jeunesse — à condition que la formation débouche sur des recrutements effectifs.
LES ENJEUX
▪ INFAS — pipeline de formation des agents de santé
▪ CMU — accroît les besoins en personnels soignants
▪ Risque — former sans absorber : le piège des diplômés sans postes
NOTE DE LA RÉDACTION
Les faits, dates et citations rapportés dans ce dossier sont issus de l’actualité nationale des 2 au 9 juin 2026. Les éléments de mise en perspective (ordres de grandeur financiers, comparaisons sectorielles) ont une valeur analytique et doivent être confirmés sur les sources officielles les plus récentes avant toute publication.