contre l’argent sale
Un atelier de cinq jours, ouvert le 8 juin au bureau régional d’Interpol à Cocody, réunit magistrats, policiers, douaniers et hauts fonctionnaires. Objectif : mieux enquêter, et surtout récupérer les avoirs criminels, dans un monde où l’argent ne connaît plus de frontières.
JUSTICE • DÉCRYPTAGE
Renforcer la lutte contre la corruption et la criminalité financière : tel est l’objet de l’atelier national ouvert le lundi 8 juin 2026 au Bureau régional Afrique de l’Ouest d’Interpol, à Cocody. Cinq jours durant, plus d’une trentaine de magistrats, commissaires de police, agents des douanes et hauts fonctionnaires confrontent expériences et bonnes pratiques en matière d’investigations financières et de récupération des avoirs criminels.
La rencontre associe le Pôle Pénal, Économique et Financier (PPEF), le bureau régional d’Interpol à Abidjan et la coopération allemande (GIZ). Représentant le garde des Sceaux Jean Sansan Kambilé, le directeur de cabinet Kouassi Bernard a rappelé que la criminalité financière « dépasse désormais les frontières nationales ».
Le décryptage : de la condamnation à la récupération
La nouveauté tient moins à l’ambition affichée qu’à l’angle retenu : la récupération des avoirs criminels. Pendant longtemps, la lutte anticorruption s’est mesurée au nombre de condamnations. Or priver les délinquants du produit de leurs infractions — biens, comptes, sociétés-écrans — frappe au portefeuille et décourage la récidive. Cela suppose des enquêtes financières pointues, une coopération internationale fluide et des magistrats spécialisés, à l’image de ce que porte le PPEF.
des milliards qui échappent à l’État
Les flux financiers illicites privent le continent africain de plusieurs dizaines de milliards de dollars chaque année, selon les estimations onusiennes. Pour la Côte d’Ivoire, la corruption et la fraude détournent des ressources qui devraient financer écoles, routes et hôpitaux. À l’inverse, une politique crédible de récupération des avoirs peut réinjecter des fonds dans les caisses publiques. L’enjeu est aussi réputationnel : la solidité du dispositif anti-blanchiment conditionne la confiance des investisseurs et l’évitement des « listes grises » qui renchérissent l’accès aux financements internationaux.
efficacité réelle ou effet d’annonce ?
La lutte anticorruption suscite toujours la même interrogation : passera-t-on des séminaires aux résultats ? Les détracteurs pointent le risque d’une justice sélective, qui frapperait certains et en épargnerait d’autres. La réponse se trouvera dans les dossiers menés à terme, les avoirs effectivement saisis et restitués, et l’indépendance avec laquelle les enquêtes seront conduites.
la corruption, un coût pour chaque citoyen
Loin d’être une affaire d’initiés, la criminalité financière a un coût concret : services publics dégradés, marchés faussés, confiance érodée. Sensibiliser, c’est rappeler que chaque franc détourné est un franc soustrait au développement — et encourager tous les acteurs, banques comprises, à la vigilance et au signalement.
LE TOURNANT
Ne plus seulement condamner, mais saisir et récupérer le produit du crime. C’est là que se joue désormais l’efficacité de la lutte anticorruption.
LES ENJEUX FINANCIERS
▪ Dizaines de milliards $ — flux illicites quittant l’Afrique chaque année (estimations onusiennes)
▪ Récupération des avoirs — réinjecter des fonds dans les caisses publiques
▪ Réputation — éviter les « listes grises » qui renchérissent les financements