Nouveaux outils de contrôle, rappel des textes, appel à la vigilance citoyenne : le Conseil Supérieur de la Publicité affiche sa fermeté. La vraie bataille, pourtant, se joue désormais sur les réseaux sociaux et chez les influenceurs, largement hors du champ historique de la régulation.
MÉDIAS • DÉCRYPTAGE
« Vous avez des droits, vous avez une voix. » C’est par cet appel à la vigilance citoyenne que le conseiller technique du CSP, Alassane Koné, a résumé, le mardi 2 juin 2026, l’esprit de l’action de l’institution. Invité de la tribune d’échanges « Tout savoir sur » du CICG, à Abidjan-Plateau, il a détaillé les outils déployés pour renforcer la régulation d’un secteur en pleine mutation, devant un public d’internautes, de téléspectateurs, d’auditeurs et de professionnels des médias.
Le conseiller a rappelé l’architecture juridique qui encadre la communication publicitaire : la loi de 2020 relative à la communication publicitaire, complétée par plusieurs décrets et arrêtés régissant l’affichage et l’exercice des professions publicitaires. Un socle qui pose les principes de transparence, de loyauté et de protection du consommateur.
Le décryptage : une régulation pensée pour l’ère de l’affichage
Le cadre actuel a été conçu pour un univers dominé par les panneaux, la presse, la radio et la télévision. Or la publicité a massivement migré vers le numérique : posts sponsorisés, placements de produits, influenceurs rémunérés en nature ou en espèces. Cette publicité-là, souvent sans mention explicite de son caractère commercial, échappe en grande partie aux contrôles classiques. Le défi du CSP n’est plus seulement de vérifier un panneau le long d’un boulevard, mais de tracer des contenus diffusés depuis des plateformes étrangères, par des annonceurs parfois anonymes.
Enjeux financiers : un marché qui se déplace, des recettes qui s’évaporent
La publicité représente un marché de plusieurs dizaines de milliards de FCFA en Côte d’Ivoire. Son basculement vers les plateformes numériques internationales pose un double problème : d’une part, l’érosion des recettes des médias locaux, dont le modèle économique repose largement sur l’annonce ; d’autre part, la fuite d’une assiette fiscale et de redevances qui financent en partie la régulation elle-même. À cela s’ajoute le coût, pour le consommateur, des publicités trompeuses — produits de santé non autorisés, crédits abusifs, paris en ligne — dont les dégâts financiers peuvent être considérables pour les ménages modestes.
réguler sans museler
Toute montée en puissance d’un régulateur ravive un débat sensible : où placer le curseur entre protection du public et liberté d’expression ou d’entreprendre ? Les agences locales redoutent de crouler sous les contraintes pendant que les géants du numérique, eux, demeurent difficiles à atteindre. Comment, par ailleurs, responsabiliser des influenceurs qui ne se considèrent pas comme des professionnels de la publicité ? La crédibilité du CSP se jouera sur sa capacité à appliquer les mêmes règles à tous, sans pénaliser les seuls acteurs visibles.
le citoyen, premier régulateur
« Vous avez des droits, vous avez une voix » : la formule n’est pas qu’un slogan. Elle rappelle que le consommateur peut signaler une publicité mensongère, refuser une sollicitation abusive et exiger la transparence sur les contenus sponsorisés. Pour le CSP, l’éducation du public est aussi décisive que la sanction : un marché publicitaire sain suppose des citoyens informés et vigilants.
À SAVOIR : LE CADRE JURIDIQUE
▪ Loi de 2020 relative à la communication publicitaire — texte de référence
▪ Décrets et arrêtés — affichage et professions publicitaires
▪ CSP — autorité de régulation et de contrôle du secteur
L’INDICATEUR À SUIVRE
La capacité du CSP à étendre concrètement ses contrôles à la publicité numérique et aux influenceurs, là où se déplacent désormais les budgets des annonceurs.