Des comités villageois aux palmarès internationaux, le pays a bâti un dispositif dense pour éloigner les enfants des champs et les maintenir à l’école. Une vigilance qui paie.
Dans les zones de production de cacao, la lutte contre le travail des enfants ne relève plus du slogan : elle s’incarne dans un maillage d’institutions et de relais communautaires chargés de prévenir, de protéger et de coordonner, à l’échelle nationale, l’ensemble des initiatives visant à éradiquer le phénomène.
Des sentinelles au cœur des villages
Dans la Marahoué (centre-ouest), bassin agricole stratégique, le gouvernement a installé au sein des villages des Comités de Protection de l’Enfant (CPE), véritables sentinelles de proximité chargées de veiller à ce qu’aucun enfant ne soit exploité dans la cacaoculture et de favoriser son maintien à l’école.
À Zaguiéta, dans le département de Bouaflé, le comité ne se contente pas de surveiller les plantations. « Nous signalons également les cas de mariage forcé ainsi que toutes les autres formes de violences faites aux enfants », explique Trazié Bi Tiessé, président du CPE local. La région comptait 80 comités à fin mars 2026.
Même vigilance dans l’Indénié-Djuablin, autre grande région de production, où les membres du CPE de Kirifi (département d’Abengourou) tiennent des réunions hebdomadaires pour identifier les situations à risque, éloigner les enfants des travaux champêtres et les maintenir dans le système scolaire. La région enregistrait 60 CPE à juin 2025.
« À Kirifi, il n’y a aucun enfant en âge d’aller à l’école dans les champs » — Cécile Adagra, responsable du CPE de Kirifi
Un dispositif national qui change d’échelle
Le saut quantitatif est spectaculaire. Selon le bilan gouvernemental 2011-2025, le nombre de Comités de Protection de l’Enfant est passé de 700 en 2018 à 3 313 en 2024, soit une multiplication par près de cinq en six ans.
Cette montée en puissance s’appuie sur un cadre juridique et institutionnel structuré, avec la création du Comité national de surveillance des actions de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants (CNS) et du Comité interministériel de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants.
Les autorités, elles, ne relâchent pas l’effort. La Première dame, Dominique Ouattara, a présidé le mardi 2 juin le deuxième dialogue annuel de suivi du Pacte pour la protection de l’enfance, conclu entre la Côte d’Ivoire et les États-Unis en décembre 2022. Dans ce cadre, plus de 4 milliards de FCFA sont destinés aux ONG engagées sur le terrain. Le partenariat a notamment permis de soutenir 858 familles vulnérables et de sensibiliser 3 millions de personnes au cours de 230 campagnes.
Une reconnaissance internationale
Ces résultats placent désormais la Côte d’Ivoire parmi les bons élèves de la lutte contre le travail des enfants, avec des avancées saluées par la communauté internationale. Sur la dernière décennie, le taux de prévalence national a reculé dans plusieurs secteurs d’activité économique.
La consécration est venue en septembre 2023 du rapport de l’USDOL sur les pires formes de travail des enfants. Sur 131 pays évalués, quatre seulement — Argentine, Colombie, Côte d’Ivoire et Ouzbékistan — ont obtenu la plus haute évaluation, celle d’un « progrès significatif ». La Côte d’Ivoire est le seul pays africain à figurer dans ce club restreint au classement du département du Travail des États-Unis.
Pour y parvenir, le gouvernement a déployé plusieurs leviers : le mécanisme national d’alerte précoce, de collecte de données, d’intervention et de décision, baptisé Système d’observation et de suivi du travail des enfants en Côte d’Ivoire (SOSTECI) ; l’inscription de cette lutte comme volet majeur de la Stratégie nationale pour une cacaoculture durable ; l’intensification de la sensibilisation des communautés ; et la mobilisation d’une sous-direction de la Police criminelle dédiée au travail des enfants et à la délinquance juvénile.