Abidjan supprime le visa douanier qui paralysait depuis 2000 les échanges avec ses deux voisins du nord. Derrière la sécheresse d’une circulaire administrative se cache un tournant historique : deux pays de l’AES, politiquement éloignés, demeurent les piliers irremplçables du commerce ivoirien.
C’est une note de trois pages qui change la donne pour des milliers de commerçants, transitaires et camionneurs. La circulaire n° 2397/MEFB/DGD/DU, datée du 31 mars 2026, met fin à une formalité vieille de vingt-six ans : les commissionnaires en douane n’ont plus à faire viser leurs déclarations de transit par les représentations maliennes et burkinabè installées à Abidjan. Une contrainte qui bloquait les dépôts, rallongeait les délais et gonflait les coûts de chaque convoi traversant le territoire.
Deux systèmes informatiques prennent le relais : le module T1, opérationnel sur la liaison Abidjan–Bamako, et le SIGMAT, qui couvre les flux vers Ouagadougou. Les données circulent désormais en temps réel, de bureau en bureau, sans papier intermédiaire. Le directeur général des douanes, le général Da Pierre, y voit « un levier de sécurisation du transit » autant qu’un accélérateur économique.
44,8 % Part du Mali et du Burkina dans les flux commerciaux de l’UEMOA — premiers partenaires de la zone
Les chiffres donnent le vertige. En janvier 2025, l’Agence nationale de statistiques de Côte d’Ivoire révélait que le Mali captait à lui seul 57,2 % des exportations ivoiriennes, et le Burkina 21,5 %. Nonobstant les ruptures diplomatiques qui ont suivi les putschs de 2021 et 2022, le béton des intérêts économiques a tenu. Abidjan n’a pas les moyens de se passer de ces débouchés ; Bamako et Ouagadougou ne sauraient se couper du port d’Abidjan, porte d’entrée quasi exclusive de leurs importations.