Selon des informations relayées par la presse spécialisée, le Ghana aurait décidé d’abaisser son prix bord-champ de 28,6 % pour le reste de la campagne principale 2025/2026, en coordination avec Abidjan, afin de s’adapter à l’inversion brutale du marché mondial du cacao. Si cette dynamique se confirme, elle mérite une lecture stratégique, empreinte de responsabilité, plutôt qu’une interprétation émotionnelle.
C’est précisément dans ce contexte que l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana (ICCIG) révèle toute sa portée. La coordination entre les deux premiers producteurs mondiaux, qui représentent ensemble près de 60 % de l’offre globale, traduit une volonté de gestion concertée des chocs extérieurs. Face à une chute significative des cours internationaux et à des tensions sur les stocks, agir de manière isolée pourrait exposer chaque pays à des déséquilibres plus profonds.
En effet, si le Ghana ajuste son prix tandis que la Côte d’Ivoire maintient un niveau significativement supérieur, le risque serait immédiat : distorsions du marché régional et flux transfrontaliers incontrôlés vers les meilleurs prix affichés en Côte d’Ivoire. Une telle situation exercerait une pression supplémentaire sur le système ivoirien de commercialisation, déjà confronté à des volumes importants, et pourrait fragiliser l’équilibre financier de la filière.
Le dilemme est donc réel pour le Conseil du Café-Cacao (CCC) et le Gouvernement : préserver au maximum le revenu immédiat des producteurs ou garantir, à moyen et long terme, la stabilité structurelle du secteur. Le CCC a toujours affiché sa volonté de tenir les engagements du Gouvernement en faveur des producteurs. Toutefois, il lui revient également d’anticiper les risques systémiques. Un blocage prolongé, des soutiens excessifs ou mal calibrés, ou encore des stocks durablement immobilisés pourraient générer des tensions sur le Fonds de Réserve, des déséquilibres de trésorerie et une perte de crédibilité vis-à-vis des partenaires commerciaux.
Dans cette perspective, toute décision éventuelle d’ajustement ne saurait être perçue comme un recul, mais comme un acte de gestion responsable visant à éviter des dommages structurels. Néanmoins, un tel ajustement représenterait un effort réel pour les producteurs. Cet effort doit s’accompagner de mesures d’appui appropriées.
C’est pourquoi nous suggérons la mise en place d’un fonds de garantie de 100 milliards de FCFA destiné au financement des acteurs de la filière cacao, en particulier les sociétés coopératives. Un tel mécanisme permettrait de sécuriser la trésorerie, de soutenir l’accès au crédit bancaire et de faciliter le préfinancement des campagnes à venir. Il constituerait un amortisseur stratégique, cohérent avec l’approche prudente du Gouvernement et du CCC.
S’agissant du financement, une réflexion pourrait être engagée sur l’optimisation des ressources déjà mobilisées dans le cadre du traitement des stocks ( plus de 300 milliards de FCFA), afin de sécuriser une enveloppe dédiée à ce fonds de garantie. L’objectif ne serait pas d’alourdir les charges publiques, mais de renforcer l’efficacité des dispositifs existants au service de la stabilité sectorielle.
Mon regard est clair : la question n’est pas uniquement de savoir si le prix sera ajusté, mais comment cet ajustement sera accompagné et expliqué. Si la décision est prise avec lucidité, transparence et mesures de soutien adaptées, la filière cacao ivoirienne pourra transformer une contrainte conjoncturelle en opportunité de consolidation. La stabilité d’aujourd’hui est la condition de la résilience de demain.
DASSO DENIS
Directeur des Publications
Groupe ELITE MEDIA
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