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AGRICULTURE & FINANCEMENT Le Système de Récépissés d'Entreposage : L'outil qui pourrait révolutionné le financement agricole en Côte d'Ivoire

AGRICULTURE & FINANCEMENT  Le Système de Récépissés d'Entreposage : L'outil  qui pourrait révolutionné le financement agricole en Côte d'Ivoire

Abidjan-Plateau, 16 avril 2026 | Économie agricole

1 759 récépissés émis, 34 233 tonnes de marchandises garanties, 17,938 milliards de FCFA mobilisés. Derrière ces chiffres se cache un instrument financier encore peu connu des acteurs agricoles ivoiriens, mais porteur d'une ambition considérable : transformer les entrepôts en véritables leviers de crédit.

Il y a des réformes qui se font dans le silence des textes, loin des projecteurs. Le Système de Récépissés d'Entreposage — le SRE — en est une. Pourtant, depuis sa mise en place progressive en Côte d'Ivoire, cet outil discret est en train de remodeler les conditions dans lesquelles les producteurs, les coopératives et les transformateurs agricoles accèdent au financement. C'est ce mécanisme que l'Autorité de Régulation du Système de Récépissés d'Entreposage (ARRE) a mis à la lumière, le 16 avril 2026 à Abidjan-Plateau, à l'occasion d'une plateforme d'échange intitulée : « Le Système de récépissés d'entreposage : un levier pour le financement de l'agriculture et de l'agro-industrie en Côte d'Ivoire ».
Qu'est-ce que le SRE, concrètement ?
Pour comprendre l'intérêt du SRE, il faut d'abord saisir un problème structurel bien connu en Afrique subsaharienne : les agriculteurs, sitôt après la récolte, se retrouvent contraints de vendre leurs produits à bas prix, faute de liquidités. N'ayant pas accès au crédit, ils ne peuvent pas stocker pour vendre mieux plus tard. C'est ce que les économistes appellent le "syndrome de la vente de détresse".
Le Système de Récépissés d'Entreposage répond directement à ce problème. Son fonctionnement repose sur un principe simple : un producteur ou un opérateur dépose ses marchandises dans un entrepôt agréé et certifié. En échange, il reçoit un document standardisé — le récépissé d'entreposage — qui atteste de la quantité et de la qualité des produits stockés. Ce document, sécurisé et reconnu légalement, peut alors être présenté à une banque ou à une institution financière comme garantie pour obtenir un prêt.
En d'autres termes, le stock lui-même devient une forme de capital. Le producteur ne vend plus sous la contrainte : il emprunte contre la valeur de son stock, attend le bon moment sur le marché, vend au meilleur prix, rembourse son crédit et engrange la différence. C'est un changement de paradigme majeur pour un secteur agricole dont le financement est structurellement insuffisant.
Le SRE en chiffres : un bilan encourageant

Récépissés émis 1 759

Volume de marchandises stockées 34 233 tonnes

Valeur totale garantie 17,938 milliards de FCFA

Ces résultats ont été présentés par le Professeur Justin Koffi, directeur général de l'ARRE, devant un parterre d'acteurs publics et privés. Ils témoignent d'une dynamique réelle, même si le mécanisme reste encore loin d'atteindre son plein potentiel. « Ces chiffres montrent que le SRE fonctionne, mais aussi qu'il y a encore énormément à faire pour toucher l'ensemble des filières et des acteurs concernés », a-t-il fait valoir.
Qui sont les acteurs du SRE ?
Le SRE repose sur un écosystème de parties prenantes aux rôles bien définis. D'abord, les gestionnaires d'entrepôts, qui sont chargés d'accueillir les marchandises dans des conditions conformes aux normes de conservation, de sécurité et de traçabilité fixées par l'ARRE. Ensuite, les contrôleurs de qualité et de poids, dont la mission est d'évaluer et certifier la marchandise au moment du dépôt — c'est sur la base de leur rapport que le récépissé est émis.
Viennent ensuite les institutions financières — banques commerciales et organismes de microfinance — qui utilisent le récépissé comme instrument de garantie pour octroyer des crédits. Enfin, les déposants eux-mêmes (producteurs, coopératives, transformateurs) et les acquéreurs, qui achètent les produits stockés sur la foi du récépissé, comme ils le feraient sur un marché de commodités standardisé.
Quatre panels pour décortiquer le SRE sous toutes ses facettes
La plateforme d'échange du 16 avril 2026 a été structurée en quatre panels thématiques, chacun éclairant un angle spécifique du mécanisme. Un format délibéré, conçu pour permettre à chaque catégorie d'acteurs de s'exprimer et d'identifier les leviers d'action à sa portée.
PANEL 1 Les filières agricoles face aux défis de l'appropriation
Animé conjointement par les organisations faîtières des filières agricoles, ce premier panel a posé la question centrale : les acteurs de terrain sont-ils réellement prêts à utiliser le SRE ? La réponse, nuancée, a mis en évidence deux obstacles majeurs.
D'abord, la méconnaissance du mécanisme par une large frange des opérateurs agricoles, notamment les petits producteurs et les coopératives de base. Ensuite, l'absence de lisibilité sur la structuration des coûts : frais de stockage, d'inspection, de contrôle qualité et d'assurance ne sont pas toujours accessibles ni uniformisés, ce qui rend difficile pour les acteurs d'anticiper la rentabilité réelle de l'opération. Le panel a insisté sur la nécessité de rendre ces informations disponibles et pédagogiques, comme condition préalable à toute adoption à grande échelle.

PANEL 2 Les opérateurs du SRE : fluidité, contrôle et confiance
Ce deuxième panel a réuni les acteurs directement impliqués dans le fonctionnement quotidien du SRE : gestionnaires d'entrepôts, contrôleurs de la qualité et du poids, transformateurs et autres parties prenantes opérationnelles.
Les échanges ont mis en lumière une condition sine qua non à l'efficacité du système : l'acceptation mutuelle des rapports de contrôle par les déposants et les acquéreurs. En effet, la valeur du récépissé repose entièrement sur la confiance accordée aux données certifiées qu'il contient. Toute contestation de ces données — sur la qualité ou le poids des marchandises — fragilise l'ensemble de la chaîne. Le panel a ainsi plaidé pour le renforcement des protocoles de certification et pour une meilleure communication autour des standards appliqués.

PANEL 3 Banques et institutions financières : financer sans prendre tous les risques
Le troisième panel a réuni les représentants des banques commerciales et autres institutions financières pour explorer leur rôle dans le déploiement du SRE. C'est sans doute le panel le plus stratégique, car sans financement bancaire, le récépissé reste un document sans effet économique réel.
Les institutions financières ont présenté leurs conditions et leurs réserves : volatilité des cours des matières premières agricoles, risques liés à la conservation physique des stocks, faible standardisation des entrepôts, et insuffisance des données historiques pour évaluer les risques. Face à ces préoccupations, plusieurs solutions ont été évoquées : la mise en place de mécanismes de garantie partiels, le recours à des assurances spécialisées sur les stocks agricoles, et le développement d'outils de scoring adaptés aux profils des déposants agricoles. Le besoin de 480 milliards de FCFA pour les infrastructures de stockage a été mis en perspective comme condition structurelle à l'engagement durable des banques.

PANEL 4 La Bourse des Matières Premières Agricoles : vers un marché structuré
Le quatrième et dernier panel a ouvert la perspective la plus innovante de la journée : l'articulation du SRE avec la Bourse des Matières Premières Agricoles de Côte d'Ivoire. Cette articulation est fondamentale, car elle permettrait de transformer le récépissé en instrument négociable sur un marché organisé.
Courtiers et opérateurs de la bourse ont présenté les mécanismes de cotation et de négociation des produits agricoles stockés, ainsi que les modalités de partage du risque entre acheteurs, vendeurs et intermédiaires. L'objectif à terme : permettre à un détenteur de récépissé de céder tout ou partie de ses droits sur le stock à un tiers, créant ainsi un véritable marché secondaire des stocks agricoles. Ce modèle, inspiré d'expériences réussies en Afrique de l'Est (notamment en Éthiopie et en Tanzanie), représente l'horizon vers lequel le SRE ivoirien est appelé à évoluer.
Des défis structurels qui transcendent les panels
Au-delà des débats propres à chaque panel, trois défis transversaux ont émergé comme priorités absolues pour les prochaines années.
L'appropriation reste le chantier le plus urgent. Le SRE ne peut déployer son plein potentiel que si l'ensemble des acteurs — du petit producteur au directeur de banque — le comprend et lui fait confiance. Cela suppose des programmes de sensibilisation et de formation massifs, adaptés à chaque niveau de la chaîne.
La mobilisation financière est le deuxième impératif. Avec seulement quelques banques engagées à ce stade, le système est encore loin d'atteindre la masse critique nécessaire à son impact. Les solutions de partage du risque évoquées lors des panels 3 et 4 constituent des pistes sérieuses, mais leur mise en œuvre reste à concrétiser.
Enfin, les infrastructures de stockage constituent le socle physique du système. Le besoin identifié — 480 milliards de FCFA — appelle un partenariat public-privé ambitieux, impliquant aussi bien l'État que les investisseurs nationaux et internationaux.
Un fort engagement institutionnel
La plateforme du 16 avril a également été l'occasion de mesurer le niveau d'engagement des pouvoirs publics. Le Professeur Datté Jacques, représentant le ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, a réaffirmé la volonté du gouvernement de faire du SRE un outil stratégique pour la transformation du secteur agricole. Il était rejoint dans cet engagement par le Colonel-major Sangaré Souleymane, représentant le ministère de l'Économie, des Finances et du Budget, et par Manlan Michel, au nom du ministère du Commerce.
Pour Mariam Fadiga Fofana, Secrétaire exécutive du Comité de Concertation État/Secteur Privé (CCESP), la forte mobilisation autour de cette plateforme est en elle-même un signal positif. « C'est pour contribuer et permettre une pleine appropriation de ce mécanisme inédit dans la facilitation des affaires en Côte d'Ivoire et dans la sous-région, que le Secrétariat exécutif du CCESP a décidé de faire un focus sur cette réforme importante pour le monde agricole en général, et pour les filières d'exportation en particulier. »
Le SRE, un outil d'avenir pour toute la sous-région
Au-delà de la Côte d'Ivoire, le SRE s'inscrit dans une tendance continentale. Plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et de l'Est — dont le Ghana, le Kenya, la Tanzanie et le Burkina Faso — ont développé des mécanismes similaires, avec des résultats variables selon les contextes institutionnels. L'expérience ivoirienne, portée par un cadre réglementaire structuré autour de l'ARRE, est observée avec attention par des partenaires régionaux et internationaux.
Car l'enjeu est considérable : en Afrique subsaharienne, les pertes post-récolte représentent en moyenne 30 à 40 % de la production, faute d'infrastructures de stockage adaptées. Le SRE, en stimulant l'investissement dans des entrepôts certifiés et en rendant le stockage financièrement accessible, peut contribuer significativement à réduire ces pertes — et à améliorer durablement les revenus des producteurs.
À retenir Le Système de Récépissés d'Entreposage offre aux acteurs agricoles ivoiriens un accès inédit au crédit garanti par leurs propres stocks. Avec 1 759 récépissés émis et près de 18 milliards de FCFA mobilisés, le mécanisme est opérationnel — mais son déploiement à grande échelle suppose encore un effort collectif sur trois fronts : la sensibilisation des acteurs, la mobilisation des banques, et l'investissement massif dans les infrastructures de stockage.

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