Depuis 2015, les agriculteurs ivoiriens peuvent transformer leurs récoltes en garantie bancaire. Mais entre la loi et la réalité du terrain, un gouffre béant. Une rencontre inédite veut changer la donne.
2015 - Année de création du SRE (Loi n°2015-538)
26 %du PIB - Part de l'agriculture dans l'économie
60 %pop. active - Part de la pop. active dans l'agriculture
L'idée est brillante. Presque trop belle pour être vraie. En 2015, la Côte d'Ivoire s'est dotée d'un mécanisme novateur : le Système de récépissés d'entreposage (SRE). Son principe ? Permettre à un producteur agricole de déposer sa récolte dans un entrepôt agréé, d'en recevoir un récépissé certifié, et d'utiliser ce document comme garantie auprès d'une banque ou d'une institution de microfinance pour obtenir un crédit.
En théorie, c'est une révolution silencieuse pour des millions de paysans qui, faute de titres fonciers ou d'actifs bancables, se retrouvent exclus du financement formel. En pratique, le SRE peine à décoller. Et c'est précisément ce paradoxe que la rencontre « Zoum sur » du 16 avril 2026, au Noom Hôtel d'Abidjan, entend briser.
Pourquoi un outil aussi puissant reste-t-il méconnu ?
L'Autorité de régulation du récépissé et de l'entreposage (ARRE), chargée de superviser ce système, a identifié plusieurs blocages : méconnaissance du mécanisme par les producteurs, réticences des institutions financières à accepter ce type de garantie, et insuffisance des entrepôts agréés sur le territoire. Résultat : un outil légalement en vigueur, réglementé, potentiellement transformationnel — mais largement sous-exploité.
"Dans un secteur qui représente 26 % du PIB ivoirien et mobilise 60 % de la population active, le SRE pourrait constituer un levier transformationnel pour stabiliser les revenus des producteurs et renforcer la transformation locale."
Le 16 avril : un tournant pour les filières cacao, maïs, cajou et cola
La rencontre du 16 avril, co-organisée par le secrétariat exécutif du Comité de concertation État-secteur privé et l'ARRE, rassemblera l'ensemble des acteurs — producteurs, coopératives, institutions financières, transformateurs et pouvoirs publics. Des mini-panels seront consacrés aux spécificités de chaque filière : cacao, maïs, cajou et cola. La Bourse des matières premières agricoles (BMPA) sera également au cœur des discussions.
ENJEU FINANCIER :
Si seulement 10 % de la production agricole ivoirienne annuelle était mobilisée via le SRE, des dizaines de milliards de FCFA de financement additionnel pourraient être injectés dans les filières rurales — sans débourser un seul franc public supplémentaire.
L'heure n'est plus aux constats. Elle est à la mise en mouvement d'un écosystème entier — banques, entrepôts, coopératives, régulateurs — autour d'un outil qui n'attendait qu'une chose : être vraiment utilisé.