Un virus silencieux ronge les cacaoyers de Côte d'Ivoire et du Ghana. Les deux géants mondiaux du cacao, soutenus par la FAO et l'Union européenne, ripostent avec une stratégie commune sur cinq ans pour sauver 60 % de la production mondiale.
Derrière la volatilité des cours du cacao sur les marchés internationaux se cache une menace autrement plus grave pour l'avenir de la filière : le virus du swollen shoot. Cette maladie, qui provoque l'enflure des rameaux et détruit progressivement les cacaoyers infectés, gangrène les plantations sans faire suffisamment de bruit. Les 14 et 15 avril 2026, les experts de l'Initiative cacao Côte d'Ivoire-Ghana (ICCIG) se sont réunis à Abidjan pour forger une riposte à la hauteur du danger.
Les données mobilisées lors de l'atelier donnent la mesure de l'urgence. Au Ghana, entre 300 000 et 400 000 producteurs sont directement menacés. La Banque mondiale a accordé 100 millions de dollars pour la réhabilitation de 210 000 hectares de plantations dégradées. Ensemble, la Côte d'Ivoire et le Ghana assurent plus de 60 % de la production mondiale de cacao — leur fragilité est donc celle de toute l'industrie chocolatière mondiale.
La feuille de route quinquennale arrêtée par les experts s'articule autour de plusieurs axes : surveillance renforcée des parcelles infectées, détection précoce par tests sérologiques en laboratoire, amélioration des rendements des vergers existants, développement de variétés résistantes au virus, et renforcement de la résilience climatique des cultures. La mesure la plus radicale — et la plus controversée — reste l'abattage des arbres malades.
« Il faut regarder plus loin que les prix et s'attaquer aux causes structurelles de la baisse de production. L'union des deux géants est la seule réponse viable. » — Joseph Neymah, Représentant de la FAO en Côte d'Ivoire
L'Union européenne, premier débouché mondial du cacao, observe l'opération de très près. Son ambassadeur en Côte d'Ivoire a rappelé que le nouveau règlement européen sur la déforestation impose une traçabilité totale de la chaîne d'approvisionnement — une exigence qui place la structuration du verger cacaoyer au cœur des négociations commerciales. L'UE s'est engagée à cofinancer la modernisation des systèmes de traçabilité des deux pays producteurs.
Pour Alex Assanvo, secrétaire exécutif de l'ICCIG, cet atelier marque une étape décisive dans la gouvernance collaborative de la filière. L'équation n'est plus seulement celle du prix : c'est la survie à long terme d'un secteur qui fait vivre des millions de familles en Afrique de l'Ouest qui est en jeu.