Alors que des allégations circulent dans les médias sur la gestion de l'opération d'enlèvement des stocks de cacao, il est temps de regarder les faits en face — et de saluer ce qui mérite de l'être.
La filière café-cacao ivoirienne est une richesse nationale. Comme toute richesse, elle suscite des convoitises et, parfois, hélas, des campagnes de dénigrement. Ces derniers jours, l'Organisation Interprofessionnelle Agricole de la filière Café-Cacao (OIA Café-Cacao) a été la cible d'accusations graves diffusées dans certains organes de presse, mettant en doute l'intégrité de son intervention dans l'opération d'enlèvement des stocks. En tant qu'observateur du secteur, il nous appartient de ne pas laisser le bruit couvrir la réalité.
Un leadership qui a fait ses preuves
Il faut le dire clairement : le président Siaka Diakité a assumé pleinement son rôle de leader de la filière. Quand des milliers de producteurs voyaient leurs sacs de cacao s'immobiliser dans les coopératives, perdant chaque semaine de la valeur, c'est l'OIA qui a porté leur voix jusqu'au sommet de l'État. C'est grâce aux démarches courageuses entreprises auprès du gouvernement que l'opération d'enlèvement a pu être déclenchée — et qu'un tonnage complémentaire a ensuite été mobilisé pour soulager encore davantage les producteurs les plus exposés.
Ce résultat ne s'improvise pas. Il suppose une connaissance fine du terrain, une capacité de négociation institutionnelle et, surtout, une volonté sincère de défendre les intérêts de ceux qui cultivent la terre. Reconnaître ce leadership n'est pas de la flatterie — c'est rendre à César ce qui lui appartient.
L'OIA : une interprofession, pas un syndicat de producteurs
Certains semblent avoir oublié — ou ignorer — ce qu'est réellement l'OIA. Il ne s'agit pas d'une organisation exclusivement dédiée à la défense des producteurs, même si leur protection est une priorité centrale. L'OIA est une interprofession, c'est-à-dire un organe dont la vocation est d'équilibrer les rapports de forces et de représenter l'ensemble des acteurs du secteur : producteurs, exportateurs, transformateurs et pouvoirs publics.
Cet équilibre est fragile. Il se construit dans la durée, par la confiance, la transparence et la concertation. Or, quand des voix — y compris parmi les représentants des producteurs — se font les relais de campagnes de dénigrement non étayées, elles fragilisent précisément l'institution qui les protège.
Le porte-parole des producteurs au sein de l'OIA incarne cette représentativité. Sa présence au cœur de la gouvernance est le signe que les producteurs ont une voix — une voix forte, institutionnelle, légitime. Mais avoir une voix dans une institution, c'est aussi accepter d'en respecter les règles du jeu et d'en défendre la crédibilité.
Des accusations sans fondement : un aveu d'impuissance ?
Quand on ne peut pas contester les résultats, on attaque les intentions. C'est un classique. Les allégations selon lesquelles l'OIA aurait perçu des commissions illicites ont été formellement démenties — et, fait notable, elles avaient été anticipées. Bien avant la parution de ces accusations dans la presse, l'OIA avait alerté ses délégués en interne, leur rappelant les principes d'éthique et les mettant en garde contre toute dérive.
Une organisation qui anticipe les dérives et les encadre par des mesures préventives est une organisation sérieuse. Le faire savoir n'est pas de l'arrogance — c'est de la transparence. Et la transparence, dans une filière aussi stratégique que le café-cacao, n'est pas optionnelle.
Aux producteurs : gardez l'œil sur l'essentiel
Ce message s'adresse en particulier aux producteurs et à leurs représentants : l'OIA est votre alliée, pas votre adversaire. À force de nourrir des polémiques qui profitent d'abord à ceux qui veulent fragiliser la filière, vous risquez de scier la branche sur laquelle vous êtes assis.
L'interprofession n'a de sens que si toutes ses composantes jouent le jeu de la solidarité sectorielle. Les producteurs ont besoin d'un Conseil du Café-Cacao fort, d'une OIA crédible et d'un secteur stable. Ces conditions ne tombent pas du ciel — elles se construisent, et se préservent.
La filière café-cacao ivoirienne a traversé des crises bien plus sévères. Elle en est sortie parce que ses acteurs ont su, aux moments décisifs, choisir la responsabilité collective plutôt que les intérêts partisans. Ce moment en est un. L'OIA a montré ce qu'elle valait. Aux autres acteurs de montrer ce qu'ils sont.
Tribune libre — DASSO DENIS, Journaliste professionnel
Abidjan, 15 avril 2026