En créant une unité dédiée au suivi de la taxonomie climatique, Abidjan entend distinguer les vrais engagements verts des simples effets d'annonce, tout en mobilisant les financements climatiques internationaux.
La Côte d'Ivoire vient de franchir une étape décisive dans sa stratégie de lutte contre les changements climatiques. L'Unité de Travail chargée du Suivi de la Taxonomie et de la Divulgation (UTSTD) de la transition climatique a officiellement démarré ses activités à Abidjan-Cocody, les 9 et 10 avril 2026, sous l'égide de la Commission Nationale de Lutte contre les Changements Climatiques (CNLCC).
Mais qu'est-ce qu'une taxonomie climatique ? Ce terme technique, encore peu répandu dans le débat public africain, désigne un système de classification qui permet d'identifier avec précision les activités économiques qui contribuent réellement à la transition bas carbone. Inspirée du modèle de la Commission européenne, la taxonomie ivoirienne vise à mettre un terme au « greenwashing » — ces déclarations écologiques trompeuses qui fleurissent dans un contexte de forte pression internationale.
« Cette taxonomie permet à la Côte d'Ivoire de mieux distinguer les activités durables — celles qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre — des activités polluantes. Cela permettra de mieux mobiliser les financements en limitant les risques de fausses déclarations écologiques. »
C'est en ces termes qu'Alex Mayeul Lagaud, secrétaire exécutif de la CNLCC, a résumé les enjeux de cet outil lors du lancement de l'unité. Concrètement, la taxonomie climatique fournit aux investisseurs, aux banques et aux pouvoirs publics un référentiel commun et fiable pour orienter les capitaux vers les secteurs réellement vertueux : énergies renouvelables, agriculture durable, transports propres, bâtiments économes en énergie.
Pour un pays comme la Côte d'Ivoire, dont l'économie repose encore largement sur des filières agro-exportatrices à fort impact environnemental — cacao, café, hévéa —, la mise en place d'une telle classification est aussi une question de compétitivité. Les partenaires financiers internationaux et les marchés de capitaux verts imposent désormais des critères stricts d'éligibilité. En adoptant la taxonomie, Abidjan se positionne favorablement pour attirer les financements climatiques, dont les montants mondiaux atteignent plusieurs milliers de milliards de dollars par an.