• 90 % du prix mondial pour les planteurs équatoriens : le chiffre qui change la donne
• Swollen shoot, galamsey, vergers vieillissants : le Ghana peut-il sauver sa couronne ?
• Équateur contre Ghana : le climat, juge de paix de la campagne 2026/2027
Le Ghana avait perdu sa place de premier producteur mondial au profit de la Côte d’Ivoire à la fin des années 70. Près d’un demi-siècle plus tard, il pourrait se faire devancer par l’Équateur. En dix ans, le pays sud-américain a presque comblé l’écart, porté par des prix transmis aux planteurs et de meilleurs rendements. Mais la bataille est loin d’être jouée.
Décryptage : une remontée spectaculaire
En 2015/2016, l’Équateur ne produisait que 232 000 tonnes de fèves, soit trois fois moins que le Ghana, selon l’ICCO. Pour la campagne 2024/2025, sa production est estimée à 580 000 tonnes, contre environ 600 000 tonnes pour le Ghana. Longtemps reconnu pour son cacao « Nacional », aux arômes fins et floraux prisés des chocolatiers haut de gamme, le pays manquait de volumes pour rivaliser avec les géants ouest-africains, dont la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui assurent historiquement près de la moitié de l’offre mondiale.
Prix, rendements et diversification
La flambée des cours a accéléré le changement. En 2024, les prix du cacao ont franchi 12 000 dollars la tonne, après avoir plus que doublé sous l’effet des mauvaises récoltes dans les deux pays africains : maladies, pluies irrégulières, faiblesse des investissements et vieillissement des arbres ont réduit l’offre ouest-africaine, créant un déficit mondial dont l’Amérique latine a profité.
Équateur Afrique de l’Ouest
Part du prix mondial reçue par le planteur Environ 90 % (selon Anecacao) Généralement 60 % à 70 %, selon les périodes (Ghana et Côte d’Ivoire)
Rendement moyen Proche de 800 kg/ha Un peu moins de 500 kg/ha
Modèle de prix Cours davantage transmis aux planteurs Prix administrés
Ce différentiel a encouragé la replantation, l’entretien des vergers, l’achat d’intrants et l’extension de certaines surfaces. L’Équateur dispose aussi d’un atout agronomique : selon Stone X, la variété CCN-51, très présente dans le pays, est appréciée pour ses rendements élevés et sa résistance relative aux maladies. Plus acide, elle sert surtout au chocolat de masse, mais sécurise des volumes importants. Le pays associe en outre le cacao à des systèmes agroforestiers (arbres d’ombrage, bananiers, café…), qui réduisent la dépendance à la monoculture, limitent certains risques phytosanitaires et offrent des revenus complémentaires.
Prix administrés, bouclier ou frein ?
C’est le cœur du débat. En période de hausse, le système de prix administré protège les producteurs contre les baisses brutales, mais il peut limiter la rapidité avec laquelle ils profitent des hausses du marché. L’Équateur, où les prix sont davantage transmis aux cultivateurs, a pu convertir plus vite l’envolée des cours en investissements. Une question qui concerne directement le Ghana, mais aussi la Côte d’Ivoire, où les prix sont également administrés.
Le Ghana face à ses fragilités structurelles
La reprise est pourtant nette : selon un rapport consulté par Reuters, le Ghana a récolté environ 771 000 tonnes en 2025/2026, au-delà de la prévision initiale du Cocobod (650 000 tonnes) et des 600 000 tonnes estimées par Stone X pour l’Équateur. Mais les difficultés structurelles persistent :
• Le Swollen shoot, maladie virale qui affecte durablement les cacaoyers et impose l’arrachage des arbres infectés. Les producteurs doivent supporter plusieurs années sans récolte avant la maturité des nouveaux plants.
• Le galamsey, l’exploitation illégale de l’or, qui réduit les superficies disponibles et dégrade les sols. Dans certaines régions, les ménages arbitrent entre un cacao soumis aux aléas climatiques et une mine informelle plus rémunératrice à court terme.
• Le vieillissement des vergers et le coût des engrais et des traitements. Selon le Cocobod (données 2024), environ 500 000 hectares de vergers ne sont pas productifs.
Le climat peut tout rebattre
Le déclassement du Ghana n’est pas inéluctable. Le Cocobod a engagé la réhabilitation de vergers infectés dans la région du Nord-Ouest, renforcé les traitements insecticides et fongicides et réintroduit un programme national de distribution gratuite d’engrais pour 2026/2027.
Mais le climat pèse lourd. Dès juillet, le Cocobod signalait une faible présence de jeunes cabosses dans l’Ouest et le Nord-Ouest, qui produisent ensemble plus de la moitié de la récolte nationale, en lien avec les pluies excessives de mai et juin. L’organisme redoutait aussi les effets d’El Niño et anticipait une récolte de 450 000 à 500 000 tonnes sur la saison.
L’Équateur n’est pas épargné : début octobre, Iván Ontaneda, cité par Reuters, alertait sur l’excès d’humidité, qui favorise moisissures et maladies et menace la qualité des fèves et le respect des contrats. Il estimait la perte possible à 100 000 tonnes, une estimation non confirmée par des sources officielles.
Le duel de 2026/2027 se jouera autant sur la résistance des plantations aux intempéries que sur l’expansion des surfaces ou la hausse des rendements. Affaire à suivre.