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CACAO Cacao : le nouvel accord de l’ICCO promet un revenu décent aux planteurs, sans aucun moyen de l’imposer

CACAO   Cacao : le nouvel accord de l’ICCO promet un revenu décent aux planteurs, sans aucun moyen de l’imposer

• De 1972 à 2026 : pourquoi l’ICCO a renoncé à piloter les prix du cacao
• Moins de 10 négociants contre près de 200 : qui tient vraiment le marché du cacao ?
• Usine locale, valeur locale ? Le piège de la transformation dans les pays d’origine
Plus de cinquante ans après sa création, l’Organisation internationale du cacao (ICCO) ouvre un nouveau chapitre. Entré en vigueur début octobre, l’Accord international sur le cacao de 2026 fait du revenu décent des planteurs, des prix rémunérateurs et de la transformation dans les pays d’origine des objectifs explicites. Mais l’accord ne prévoit aucun mécanisme pour les imposer.
Décryptage : ce que change l’accord de 2026
Le texte reconnaît qu’un bon prix international ne suffit pas, à lui seul, à assurer une vie décente aux cacaoculteurs. Il définit le revenu décent à l’échelle du ménage comme un revenu net suffisant généré par un foyer pour assurer un niveau de vie décent à tous ses membres, conformément aux critères nationaux.
Les membres s’engagent à élaborer des politiques en ce sens, mais il revient aux États et aux acteurs de la filière de les rendre effectives. L’accord de 2026 élargit les objectifs sociaux et économiques sans revenir aux instruments d’intervention directe.
Pourquoi le « stock régulateur » a échoué
À ses débuts, l’ICCO avait un objectif plus direct. Les accords de 1972 et 1975 prévoyaient de limiter les quantités exportées et de constituer un stock régulateur, pouvant atteindre 250 000 tonnes, soit environ deux mois de consommation mondiale de l’époque. Le principe : acheter des fèves quand les prix baissent, les revendre quand ils montent. Il répondait à une particularité du cacao, dont la production ne s’ajuste pas vite : les arbres plantés en période de cours élevés n’arrivent à maturité que des années plus tard.
En pratique, l’outil a peiné à tenir sa promesse. Les cours ont dépassé la fourchette prévue à la fin des années 70, puis les réserves n’ont pas suffi à soutenir les prix lorsqu’ils se sont durablement repliés. Plusieurs obstacles se sont accumulés :
• Le coût : acheter des fèves immobilise des capitaux, et les conserver exige des installations adaptées, surtout en zones chaudes et humides.
• La tentation individuelle : les États exportateurs ont besoin de devises et les planteurs d’écouler leur récolte. Chaque pays peut être tenté de vendre quand les autres retiennent leurs volumes.
• Le manque d’information : les stocks détenus par les négociants, les industriels et les opérateurs des marchés à terme n’étaient pas parfaitement connus, ce qui limitait la capacité de pilotage.
Année Évolution du dispositif
1972 – 1975 Limitation des exportations et stock régulateur (jusqu’à 250 000 t)
1980 Suppression des quotas d’exportation, le stock devient l’outil principal
1986 Retrait supplémentaire du marché de jusqu’à 120 000 t si le stock est plein ou ne peut plus acheter
1993 Rupture : abandon des quotas et du stock, au profit de la coopération et de l’analyse de marché. Réserve liquidée entre 1993 et 1998
2026 Revenu décent, prix rémunérateurs et transformation locale deviennent des objectifs explicites, sans outil d’intervention directe

Un marché verrouillé par quelques géants
Le cacao est aujourd’hui dominé par des entreprises qui opèrent sur plusieurs maillons de la chaîne : collecte, négoce, broyage, ingrédients, marques, distribution, financement. Selon le Cirad, moins de 10 négociants internationaux demeuraient actifs dans le cacao à la fin des années 90, contre près de 200 au début des années 70. L’intégration verticale et la concentration ont renforcé le pouvoir de négociation des groupes capables de sécuriser leurs approvisionnements, d’arbitrer entre origines et de gérer les risques sur plusieurs marchés. Dans le même temps, la formation des prix dépend plus que jamais d’anticipations, de positions commerciales et de contrats financiers.
Transformer sur place, est-ce vraiment garder la valeur ?
La transformation locale est souvent présentée comme la réponse naturelle : produire du beurre, de la poudre ou de la pâte de cacao dans les pays d’origine peut créer des emplois et ancrer une part supplémentaire de la valeur. Mais une usine installée dans un pays producteur ne signifie pas automatiquement que le pouvoir de marché ou les bénéfices y restent.
Dès les années 90, des multinationales développaient déjà des unités de broyage en Côte d’Ivoire, au Brésil ou en Équateur, souvent par des participations directes ou des joint-ventures destinées à sécuriser leurs approvisionnements. La vraie question n’est donc pas seulement le nombre de tonnes broyées sur place, mais :
• qui détient les actifs ;
• qui fournit les services logistiques ;
• où se prennent les décisions commerciales ;
• comment les revenus sont distribués ;
• quelle place occupent les coopératives et les entreprises locales.
Les vieux défis restent entiers
La transparence reste un chantier. L’ICCO conserve une mission d’information sur la production, les broyages, les stocks, les prix et les échanges, mais établir une photographie stable du marché reste un casse-tête. Le nouvel accord offre une reconnaissance politique importante, tout en renvoyant l’essentiel des solutions aux filières nationales.
Les défis à relever sont connus : renouveler des vergers vieillissants sans accélérer la déforestation, financer les producteurs, améliorer la qualité et la productivité, lutter contre les maladies, assurer la traçabilité, développer la transformation et protéger la part de revenu du planteur. L’ICCO peut organiser le dialogue et produire des références communes, mais elle ne peut remplacer ni les politiques publiques des États producteurs, ni le rééquilibrage commercial entre agriculteurs, négociants, broyeurs et marques de chocolat.
Un accord qui affiche l’ambition du revenu décent, mais dont la réalisation reste entre les mains des États producteurs et des acteurs de la filière.

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