• Caoutchouc : pourquoi l’hévéa, deuxième recette agricole d’exportation, passe en mode « urgence »
• Initiative PURE : le plan qui vise 240 000 producteurs et des usines mieux approvisionnées
• Hévéa à 526 FCFA le kilo : un record historique qui ne doit pas masquer les défis
Troisième producteur mondial et premier producteur africain d’hévéa, la Côte d’Ivoire prévoit de planter quelque 500 000 nouveaux hectares à l’horizon 2035. Portée par l’Association des Professionnels du Caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (APROMAC), l’Initiative PURE entend sécuriser l’approvisionnement des usines locales et augmenter les revenus de plus de 240 000 producteurs, au moment où les cours battent des records.
Décryptage : que cache le sigle PURE ?
PURE signifie « Programme d’Urgence de Renouvellement et d’Extension ». Lancé par la filière pour la période 2026-2035, ce plan stratégique repose sur deux leviers : le renouvellement des anciennes plantations en fin de vie (20 000 hectares) et l’extension vers de nouvelles parcelles (30 000 hectares). Il vise aussi la sécurisation de l’approvisionnement des usines locales de transformation et la hausse des revenus des producteurs.
Un poids lourd de l’économie ivoirienne
L’hévéa est la deuxième source de recettes d’exportation agricoles du pays, juste derrière le cacao. L’hévéaculture génère plus de 8 % du PIB ivoirien. En 2025, la Côte d’Ivoire a produit environ 1 932 106 tonnes de caoutchouc sec, soit 12 % de la production mondiale.
La filière est stimulée par la flambée des cours : en octobre, le prix de l’hévéa ivoirien a atteint un record historique de 526 francs CFA (0,80 euro) le kilo bord champ, selon l’APROMAC. Deux facteurs expliquent cette envolée : la forte demande du secteur automobile mondial et le repli de la production asiatique, pénalisée ces dernières années par des conditions climatiques défavorables en Thaïlande et en Indonésie, les deux premiers producteurs.
Indicateur Donnée
Rang mondial / africain 3e producteur mondial, 1er en Afrique
Production 2025 Environ 1 932 106 t de caoutchouc sec (12 % du total mondial)
Poids dans le PIB Plus de 8 %
Producteurs concernés Plus de 240 000
Prix record (octobre) 526 FCFA (0,80 euro) le kilo bord champ
Des chiffres à clarifier, un record à ne pas surinterpréter
Premier point d’attention : les chiffres. L’ambition affichée est de 500 000 nouveaux hectares, mais le détail communiqué (20 000 hectares de renouvellement et 30 000 hectares d’extension) ne totalise que 50 000 hectares. Un écart que la filière devra expliciter pour que l’objectif soit lisible.
Second point : la conjoncture. Le record de prix tient en partie à des facteurs extérieurs, la demande automobile et les aléas climatiques en Asie. Planter à grande échelle sur la base de cours porteurs suppose de rester vigilant face à un éventuel retournement du marché.
Au-delà du record, la rémunération des planteurs
Pour accompagner cette montée en puissance, les autorités ont adopté une batterie de mesures visant à améliorer la gouvernance de la filière, en faveur d’une meilleure rémunération des producteurs, tout en consolidant la compétitivité de l’industrie ivoirienne du caoutchouc naturel. Pour des centaines de milliers de ménages, l’enjeu est concret : renouveler des plantations vieillissantes à temps, et bénéficier réellement de la hausse des cours.
Hévéa : un record de prix, un plan d’urgence et un objectif à l’horizon 2035. Reste à transformer l’ambition en hectares plantés et en revenus pour les producteurs.