À Yamoussoukro, l'État et les professionnels de la filière bétail-viande se sont réunis le lundi 19 octobre 2026 pour une question qui pèse chaque jour sur le panier de la ménagère : comment cesser de dépendre des importations de bétail et contenir les prix de la viande ? Information rapportée par l'AIP.
Décryptage : pourquoi cet atelier, et pourquoi maintenant ?
Organisé à l'initiative du ministère du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat, l'atelier rassemble les acteurs de la filière autour d'un constat partagé : l'approvisionnement du marché ivoirien en viande bovine, ovine et caprine reste difficile. L'objectif affiché est de dégager des mesures capables d'améliorer, de façon durable, la disponibilité de ces viandes et leur accessibilité pour les consommateurs.
Représentant le ministre Khalil Konaté, le directeur général du Commerce intérieur, Aimé Koizan, a appelé à une mobilisation concertée des pouvoirs publics et des professionnels. Le message est clair : aucun acteur ne peut, seul, régler un problème qui s'étend de l'éleveur au consommateur final, en passant par le transporteur, le boucher et le commerçant.
Le choix des mots est révélateur. Parler de « dépendance aux importations », c'est reconnaître qu'une part importante de l'offre en viande repose sur du bétail venu de l'extérieur, avec ce que cela suppose d'exposition aux aléas des marchés, des transports et des conditions d'entrée. La production locale est ainsi présentée comme le cœur de la stratégie.
le prix de la viande, thermomètre du pouvoir d'achat
La viande occupe une place centrale dans l'alimentation des ménages ivoiriens. Lorsque son prix grimpe, c'est tout le budget familial qui est mis sous tension. Contenir les prix n'est donc pas qu'un sujet de commerce : c'est un enjeu de cohésion sociale et de pouvoir d'achat.
Au-delà du consommateur, l'enjeu est aussi industriel et rural. Produire davantage sur place, c'est créer de la valeur et des revenus pour les éleveurs, soutenir les emplois de la chaîne (alimentation animale, santé vétérinaire, transport, abattage, distribution) et réduire la facture des achats à l'extérieur. Une filière locale plus forte est un levier de souveraineté alimentaire.
Reste à savoir par quels moyens y parvenir. Accès au financement, santé animale, couloirs de transhumance, structuration des éleveurs, équipements d'abattage et de conservation : ce sont les chantiers que les participants devront traduire en mesures concrètes et en calendrier.
pourquoi la dépendance perdure-t-elle ?
Chaque atelier de cette nature suscite la même interrogation dans l'opinion : après tant de rencontres et de promesses, qu'est-ce qui change réellement dans l'assiette et au marché ? La question de fond est de savoir pourquoi la production locale n'a pas, jusqu'ici, suffi à couvrir la demande.
Le débat oppose souvent deux lectures. Pour les uns, l'importation reste un filet de sécurité indispensable pour approvisionner les villes à des prix supportables. Pour les autres, elle freine l'investissement dans l'élevage national en concurrençant les producteurs locaux. L'équilibre entre ces deux logiques est le véritable nœud politique du dossier.
À la clé, une exigence de résultats : des mesures chiffrées, un suivi public et des comptes rendus réguliers permettraient de dépasser la simple déclaration d'intention.
consommer local, c'est aussi agir
Le consommateur a un rôle à jouer. Privilégier la viande produite localement, s'informer sur l'origine des produits et soutenir les circuits courts contribuent à structurer la demande en faveur des éleveurs ivoiriens.
Côté professionnels, l'appel est à la concertation : se regrouper en organisations solides, respecter les normes sanitaires et participer aux cadres de dialogue sont autant de conditions pour que la filière gagne en crédibilité auprès des financeurs et des pouvoirs publics.