Plus de 200 enseignants venus d'Abidjan et de l'intérieur du pays ont été formés, le vendredi 25 septembre 2026, aux fondamentaux de l'intelligence artificielle et de la robotique. L'ambition : en faire des relais capables d'initier des milliers d'élèves. Une initiative prometteuse, qui pose la question du passage à l'échelle.
La formation s'est tenue au Centre sportif, culturel et des TIC Ivoiro-Coréen Alassane Ouattara (CSCTICAO), à Abidjan, dans le cadre du programme « AI & E Robotics Youth Training Programme — Training of Trainers (ToT) ». Le principe : former des formateurs qui, à leur tour, transmettront leurs connaissances dans leurs établissements et y créeront des clubs dédiés.
■ Décryptage : la logique de l'effet démultiplicateur
Pour Christiana Yapi, directrice générale de YADAC Robotics, la formation répond à un besoin identifié dans le système éducatif ivoirien. Elle en résume l'arithmétique :
« Les 200 enseignants formés représentent 200 écoles que nous souhaitons toucher. À travers ces 200 établissements, notre objectif est d'atteindre environ 10 000 élèves et de contribuer ainsi à la promotion de la robotique et de l'intelligence artificielle en Côte d'Ivoire » — Christiana Yapi, DG de YADAC Robotics
Les organisateurs prévoient de mettre des équipements et du matériel pédagogique à disposition des enseignants et des centres de formation, en insistant sur la pratique plutôt que sur la seule théorie.
Représentant le ministère de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Stéphane Kouamandi Coulibaly, directeur de l'Innovation, des Startups et du Secteur privé, a réaffirmé l'engagement de l'État à « développer l'intelligence artificielle et former notre jeunesse », appelant à constituer un réseau de formateurs sur tout le territoire. Pour Patrick Somet, directeur de la Transformation digitale et de l'Innovation de l'ANSUT, la transformation numérique repose sur la connectivité, les équipements et les compétences ; des programmes d'accompagnement doivent faire des enseignants formés des « ambassadeurs » du numérique dans les régions.
Le programme associe ITU — AI for Good, ITU-UNICEF Giga, Google, IHFC/IIT Delhi et plusieurs partenaires ivoiriens, dont YADAC Robotics, le ministère de tutelle, le CSCTICAO et Smart Data System.
L'IA transforme déjà la finance, la santé, la logistique… et l'agriculture. Détection précoce des maladies des cultures, prévision des rendements, suivi de la traçabilité, gestion de l'irrigation : les filières agricoles ivoiriennes, café-cacao en tête, auront besoin de compétences locales pour concevoir et maîtriser ces outils plutôt que de les importer clés en main. Former tôt, c'est préparer un vivier de talents et d'entrepreneurs.
L'initiative mérite d'être saluée, mais son échelle reste modeste au regard des milliers d'établissements et des millions d'élèves du pays. Sa réussite dépendra de conditions très concrètes : électricité et connectivité dans les écoles, équipements disponibles dans la durée, temps accordé aux enseignants, suivi après la formation. Le risque d'une fracture entre établissements urbains bien dotés et écoles rurales démunies est réel.
Se pose aussi la question de la souveraineté : la forte présence de partenaires technologiques étrangers est un atout de financement et d'expertise, mais elle appelle une vigilance sur les contenus, les données et la construction de capacités réellement nationales.
CE QU'IL FAUT RETENIR
▸ L'IA n'est pas réservée aux ingénieurs : les jeunes doivent en comprendre les usages, les limites et les risques.
▸ Parents et enseignants ont un rôle à jouer pour promouvoir un usage responsable et critique des outils d'IA.
▸ Les clubs scolaires sont une porte d'entrée accessible : les établissements concernés peuvent s'appuyer sur les enseignants formés.
▸ L'égalité d'accès entre zones urbaines et rurales doit rester une priorité des programmes numériques.
La Rédaction — La Tribune Élite 360°