Avec près de 150 000 tonnes produites, la Côte d'Ivoire est le troisième producteur de mangues d'Afrique de l'Ouest et le premier exportateur africain vers l'Union européenne. Le Conseil des ministres du 23 septembre a placé la filière sous la tutelle du Conseil Coton, Anacarde et Karité (CCAK). Un nouveau cadre qui sera jugé sur ses résultats face à deux défis majeurs : la mouche des fruits et la transformation locale.
Derrière le Nigeria et la Guinée en volume de production, la Côte d'Ivoire domine pourtant les exportations sur le plan continental. La décision du 23 septembre confie désormais au CCAK la régulation, le suivi et le développement de ce segment horticole.
■ Décryptage : une tutelle publique qui s'ajoute à l'interprofession
La réforme ne fait pas disparaître l'organisation professionnelle existante. En 2024, les autorités avaient officiellement reconnu Inter-Mangue, interprofession créée en 2018, qui réunit quelque 4 000 producteurs et plus de 20 000 hectares de vergers, principalement dans le nord du pays. Le rattachement au CCAK vient donc superposer un cadre public de régulation à une structuration professionnelle déjà en place.
Le pays est le premier exportateur africain de mangues vers l'Europe, dont il est le troisième fournisseur derrière le Brésil et le Pérou. Selon FruiTrop, la revue du Cirad consacrée aux fruits tropicaux, les exportations vers l'UE ont triplé en une dizaine d'années, passant de 10 000 tonnes en 2011 à plus de 30 000 tonnes en 2023. Les Pays-Bas, la Belgique et la France sont les principaux clients.
Cette performance repose sur la qualité de la variété Kent, qui constitue l'essentiel des expéditions, sur la mise en place d'une chaîne du froid et sur l'amélioration du tri et des emballages. La mangue est aujourd'hui le deuxième fruit d'exportation ivoirien, après la banane et devant l'ananas.
Mais le revers de la médaille est cinglant : les unités de transformation locales absorbent à peine 10 % de la récolte. Le reste est exporté frais, consommé localement ou perdu après récolte.
« La transformation locale est récente, datant de 2014. Elle n'a pas vraiment décollé, même si les unités de transformation se sont multipliées ces dernières années. Elles absorbent à peine 10 % de la production. L'objectif fixé de 20 000 tonnes est loin d'être atteint » — FruiTrop
En décembre 2024, le Programme d'appui au développement des filières agricoles (PADFA) indiquait chercher à mobiliser 14 milliards de FCFA (environ 21 millions d'euros) auprès du secteur privé pour construire une unité de transformation dans le nord, afin de limiter les pertes et de valoriser les fruits en jus, nectars ou confitures.
La mouche des fruits est le dossier brûlant. Ce ravageur, qui sévit en Côte d'Ivoire comme au Sénégal ou au Mali, rend de nombreux lots impropres à l'exportation. La multiplication des interceptions de mangues ouest-africaines aux frontières européennes a conduit les autorités phytosanitaires de l'UE à renforcer leurs contrôles, jusque sur les zones de production et de conditionnement. Chaque interception fragilise la réputation de l'origine tout entière.
Sur le plan institutionnel, les modalités pratiques de la réforme restent à préciser pour les producteurs, exportateurs et transformateurs. Quelle répartition des rôles entre le CCAK et Inter-Mangue ? Quelles éventuelles nouvelles charges pour les acteurs ? La crainte d'une bureaucratie supplémentaire devra être levée par des résultats tangibles : coordination de la surveillance des vergers, circulation rapide des alertes, interventions concertées entre producteurs, services agricoles et exportateurs.
CE QU'IL FAUT RETENIR
▸ La lutte contre la mouche des fruits est collective : un verger mal entretenu menace les exportations de toute une zone.
▸ Les bonnes pratiques généralement recommandées — ramassage et destruction des fruits tombés, piégeage, entretien des vergers — doivent être appliquées avec l'appui des services techniques.
▸ Une seule interception à la frontière européenne peut coûter cher à toute l'origine ivoirienne : la discipline phytosanitaire est l'affaire de tous.
▸ Transformer localement, c'est réduire les pertes et garder la valeur ajoutée au pays.
La Rédaction — La Tribune Élite 360°