Réunissant une vingtaine d'entreprises technologiques du 9 au 11 septembre 2026, la deuxième édition d'IMPACT IA a confirmé que l'intelligence artificielle s'impose progressivement comme un levier de transformation de l'économie ivoirienne. Reste une question de fond : le tissu économique local a-t-il la maturité nécessaire pour en tirer profit ?
DÉCRYPTAGE
Selon le rapport "Côte d'Ivoire's Digital Economy: Francophone Africa's Emerging Digital Gateway", réalisé par le cabinet Public First pour Meta, 71 % des adultes connectés en Côte d'Ivoire estiment que les produits d'intelligence artificielle développés en Afrique subsaharienne seront déterminants pour la croissance économique du continent. Un chiffre qui traduit une adhésion populaire forte à la promesse de l'IA — bien au-delà du seul cercle des experts technologiques.
Organisée du 9 au 11 septembre 2026, la deuxième édition d'IMPACT IA a réuni une vingtaine d'entreprises technologiques venues présenter des solutions destinées à accompagner entreprises, institutions et populations dans cette transformation. Éducation, cybersécurité, datacenters, développement logiciel : les usages présentés illustrent la diversité déjà réelle de l'écosystème IA ivoirien, loin de l'image d'un secteur encore embryonnaire.
Parmi les solutions présentées, l'entreprise Farafinah Kanu a dévoilé "Boussole IA", un outil d'évaluation permettant à toute entreprise d'identifier son propre niveau de maturité face à l'intelligence artificielle, ses opportunités d'usage prioritaires, ses points de vigilance, ainsi qu'une feuille de route de transformation.
D'après le même rapport Public First / Meta, l'économie numérique ivoirienne pourrait doubler d'ici à 2035 pour atteindre 6,4 milliards de dollars, portée notamment par les investissements dans les infrastructures numériques et l'adoption de l'intelligence artificielle. Un potentiel de croissance considérable, qui positionnerait la Côte d'Ivoire comme une porte d'entrée numérique de l'Afrique francophone — à condition que les entreprises locales, notamment les PME, ne restent pas à la traîne d'une transformation encore largement portée par les grands groupes et les acteurs internationaux.
Cette mise en garde, formulée par un acteur même de l'écosystème, résume le point de tension central de cette transformation annoncée : l'enthousiasme affiché — 71 % d'adultes connectés convaincus du potentiel de l'IA africaine — contraste avec un déficit persistant de maturité numérique réelle au sein d'une grande partie du tissu économique ivoirien, notamment les petites et moyennes entreprises qui constituent l'écrasante majorité du secteur privé national.
Le risque, souligné en creux par l'existence même d'outils comme "Boussole IA", est celui d'une transformation numérique à deux vitesses : des grandes entreprises et institutions capables d'investir immédiatement dans l'intelligence artificielle, et une multitude de PME laissées de côté faute d'accompagnement, de financement ou de compétences internes suffisantes.
Le message adressé aux dirigeants d'entreprises ivoiriennes, quel que soit leur secteur d'activité — y compris agricole —, est clair : l'intelligence artificielle ne se limite plus à un sujet de prospective lointaine. Elle est déjà un levier de compétitivité disponible, à condition d'engager en amont un véritable diagnostic de maturité numérique. Les structures d'accompagnement, publiques comme privées, ont désormais un rôle décisif à jouer pour démocratiser l'accès à ces outils d'évaluation et de transformation, au-delà du cercle restreint des grandes entreprises technologiques.